Un blog pour se remuer les neurones et se secouer les fesses !
Un blog pour encourager tous ceux qui n'ont pas envie de se laisser aller avec non-garantie de succès, ni pour eux, ni pour moi-même. ;-)

dimanche 22 août 2010

WILLY RONIS à LA MONNAIE DE PARIS, 11 quai de Conti, métro St-Michel, (6ème arr) DIM 22/08/2010.

Cela faisait longtemps que je n'avais pas été émue à une exposition et qu'elle me donne envie de faire quelque chose.
Je voudrais un argentique, mais bon, plus raisonnablement, un réflex numérique serait une meilleure idée. Bref, les œuvres de Willy Ronis qui m'ont touchée entre autres :


Les adieux du permissionnaire, 1963.

 
Fondamente Nuove, 1939.

Wernigerode, 1967.

Sur la Marne à Champigny, 1957.

La Guidecca à Venise, 1981.



 Le Petit Parisien, 1952.



Le Nu provençal, Vaucluse, 1949

Deena de dos, Paris, 1955.


Jean-Paul Sartre, 1956.

Jacques Prévert, 1941.

La Chevelure, Paris.

mercredi 18 août 2010

NATATION 9. PISCINE GEORGES RIGAL.

Motivée par ma pesée chez le Gynéco aujourd'hui, où à poil sur la balance je faisais 53,5 kilos (mais oui ! Incroyable, non ??? Je me suis pesée habillée : 54 et des poussières !).Mais il me reste TOUJOURS des cuisses d'enfer...et mes épaules, si elles se sont largement améliorées ressemblent toujours un peu à des épaules de camionneur...et c'est pas la natation qui va m'aider d'ailleurs, mais bon, transformer la graisse en muscle, c'est déjà ça et là je sens mes abdos qui me font mal, j'adore ça ! Mais...il me reste toujours un p'tit bidon (qui grâce à la natation s'est réduit tout de même) et je voudrais vraiment qu'il disparaisse, mais la priorité, ce sont mes CUISSES.

Je suis donc allée motivée pour nager 2h de 18h à 20h. Mais en fait après, en nageant, je me suis dit que je ferai 2 km, point. Parce que lorsque j'en fais trop, après le lendemain, je n'ai plus envie d'aller nager ; or moi aller nager tous les jours pendant les deux semaines qui me restent avant la rentrée, c'était mon objectif et je ne le fais pas. En tout cas, quel bonheur cette piscine en été qui ferme à 20h30 !!!

Donc, today, j'ai compté à rebours pour le fun :

- de 80 à 70 = brasse
- de 70 à 60 = crawl
- de 60 à 50 = brasse
- de 50 à 40 = crawl
- de 40 à 30 =brasse
- de 30 à 20 = crawl (c'est là que je décide de nager les 20 longueurs qui restent en crawl uniquement)
- de 20 à 10 = crawl.
- de 10 à 0 = crawl.

= 750 mètres en brasse
= 1250 mètres en crawl (1km250)

J'ai décidé ne plus tenir compte des 10 longueurs supplémentaires que je fais parfois, estimant qu'elles doivent être faites pour le plaisir de nager uniquement et non pour la performance personnelle. Il n'y a pas que le régime et la performance, il y a aussi le pur plaisir de nager (mais je compte quand même dans ma tête, eh eh).

Donc je suis rentrée dans le bassin à 18h10 et je suis sortie à 19h20
J'ai donc fait 2km en 1 heure 10 et c'est vraiment très bien : on nage beaucoup plus rapidement en crawl parce que c'est plus difficile de faire la feignasse dans ces lignes, les gens choisissant la brasse étant en majorité lents (malgré quelques pétasses rapides qui n'hésitent pas à vous dépasser en vous heurtant sans rien dire).

mardi 17 août 2010

HAPPY TOGETHER (Cheun gwong tsa sit), de Wong Kar-Waï (CHINE), 1997.



 
******Chef d’œuvre.

Happy Together (1997), c’est mieux que Le Secret de Brokeback Mountain (2004), mais suis-je encore objective lorsqu’il s’agit de Wong Kar-Waï ?

J’y trouve tout ce que j’aime pour ne pas me répéter : des gens qui s’aiment, qui baisent, qui sont heureux ensemble ; malheureux ensemble et…qui fument toujours beaucoup. J’aimerais bien que quelqu’un soit assez fou pour compter les cigarettes filmées pour chaque film de Wong Kar-Waï. Est-ce que c’est lui ou les acteurs ? Et son acteur fétiche ? Tony Leung, dont je suis fan aussi ?

Bref, l’histoire : deux Chinois…en Argentine. Moi je me dis : « Putain, ils parlent super bien espagnol ces Chinois ! »…En fait, j’avais oublié de mettre le film en VO, lol, la blonde quoi.

Bref : deux Chinois en Argentine. Le film commence par une scène de cul en noir et blanc (qui indique que c’est un flashback) entre les deux protagonistes qui se connaissent donc déjà. J’ai déjà craqué pour Tony Leung (Lai Yiu-fai dit Faï) rien qu’en regardant sa tête, les expressions de son visage qui sont belles, très belles.

Après on fait un saut dans le temps et on les voit se prendre la tête à chercher Iguazu en voiture, qu’ils ne trouvent pas. Ils finissent par rentrer, crevant de froid, épuisés.
Puis on passe au présent : Fai, le héros de l’histoire bosse comme rabatteur d’un spectacle de tango argentin pour touristes chinois. Il n’aime pas son travail, qu’on devine mal payé. Il fixe un autre homme, son amant du début, qui l’ignore et qui s’en va avec un occidental dans une belle voiture. Il s’agit de Po-wing, qui se prostitue. Tous les deux jouent au chat et à la souris. Ils s’aiment, ils se chamaillent, « Volvemos a empezar » (oui moi je lisais les sous-titres en espagnol) dit souvent Po-Wing, « On va recommencer ».

C’est Po-wing qui revient vers Fai, c’est lui qui l’allume, mais le plus amoureux n’est pas celui qu’on pense. Le plus amoureux des deux, c’est celui qui passe son temps à rejeter ses avances sexuelles, mais c’est aussi celui qui ne cesse de se plier en quatre pour faire la bouffe à Po-wing lorsqu’il est blessé et malade, le recueille chez lui, le lave scrupuleusement, le borde quand il dort... Rien que d’y penser, j’en ai encore les larmes aux yeux, tellement c’est beau, cette complexité humaine qui fait que ce n’est pas celui qui s’agite le plus, qui parle le plus, qui aime le plus dans une relation…Et c'est ça qu'a voulu montrer Wong Kar-Wai, ce sont tous ces petits gestes, ces actes d'amour silencieux.


Bref, on l’aura compris : Fai, c’est un peu le représentant masculine du couple : viril, silencieux, réservé mais attentionné par des actes et non des paroles et Po-wing, c’est le représentant féminin : bavard ; extraverti ; allumeur ; séducteur ; pas efféminé mais très minet, très content de son image, aimant se peigner, se regarder dans la glace. Il adore faire tourner en bourrique Fai, le rendre dingue et il y arrive parfaitement. Toutefois il apprend tout de même à Fai à danser le tango, et ça, c’est un des moments les plus heureux entre les deux parce que Fai se lâche et n’hésite pas à embrasser fougueusement Po-Wing.



Mais un jour leur relation se gâte, parce que Fai, jaloux, ne supporte pas Po-Wing sorte depuis qu’il est rétabli : il sait très bien que celui-ci va faire le tapin et donc, va voir d’autres hommes, allant jusqu’à lui offrir plusieurs cartouches de cigarettes afin que celui-ci n’ait plus besoin de sortir pour en acheter. Donc Po-Wing, qui se sent séquestré à la maison, pète un câble, décide de s’en aller, de retrouver sa liberté. Il cherche juste son passeport. Mais Fai, dès le premier soir où il a accueilli Po-Wing blessé chez lui, en lavant les vêtements de ce dernier, a pris son passeport : il ne veut pas que Po-Wing retourne en Chine sans lui.

Et là, commence l’enfer de Fai qui va souffrir sa race d’avoir perdu l’homme qu’il aime. Et c’est dur, et c’est beau à voir en même temps, parce que de même que Fai aime sans parler, il souffre aussi sans en parler.  Chang, un cuisinier qui travaille avec Fai (qui a quitté son premier boulot), va assister aux deux périodes : la période heureuse et la période malheureuse, rien qu’en écoutant Fai sans cesse pendu au téléphone. Il est un peu amoureux de Fai, mais bon, il est surtout en manque d’ami. Il a des problèmes de vue, donc s’attache à la voix des gens et n’aime pas les voix aigues. Il aime la voix de Fai. Il réussit à devenir son ami, compagnon de beuverie en tout cas, mais rien n’y fait, Fai a toujours aussi mal et n’est pas vraiment réceptif au besoin d’amitié de Chang, qui est tout seul à Buenos Aires et ne connaît personne. Il partira aussi à Ushuaia tout seul, c’est trop triste, il fait mal au cœur ce petit Chang.

Finalement, Fai quitte son logement, son deuxième travail et se reconvertit dans la boucherie. C’est Po-Wing qui reprend son logement en apprenant que Fai est parti. Fai va voir Iguazu tout seul avant de repartir à Hong-Kong et se sent triste parce qu’il pense bien sûr à Po-Wing, au fait qu’« ils auraient dû y être ensemble », en faisant un stop à Taïwan avant (pays de Chang) mais sans le voir car il n’est pas là.

Ce film est trop beau (peut-être moins beau esthétiquement que « 2046 » et « In the Mood for Love » hélas, Christopher Doyle étant le directeur de photographie des trois films mais il a dû s’améliorer pour les deux autres qui sont venus après celui-ci ; notons également que la musique est bien choisie -notamment les tangos argentins- mais ne sont PAS DU TOUT mis en valeur comme dans les deux autres films d'après).

Ce film est beau parce qu’il montre, comme sait si bien le faire Wong Kar-Wai, ces moments incroyables que nous passons à aimer et à nous rendre dingues pour des êtres humains qui traversent nos vies et que nous ne reverrons PLUS JAMAIS.  Les moments où on les aime et où ces êtres humains-là nous aiment sont les plus beaux moments de l’existence.

Et en effet, la mise en lumière de Fai se démenant par amour pour Po-Wing quand il est malade, par de SIMPLES gestes, est belle à voir. Et quand il souffre, quand tout cela est fini, on souffre aussi. Ce que j’adore dans ce film, c’est que ce n’est pas un film sur l’homosexualité, c’est un film sur l’Amour. L’Amour éphémère, celui qui se vit intensément et ne dure jamais. Celui qui rend le plus heureux et le plus malheureux lorsque la magie se finit.

RÉCOMPENSES :

•    Prix du meilleur réalisateur au Festival de Cannes 1997.
•    Prix de la meilleure photographie (Christopher Doyle), lors du Golden Horse Film Festival 1997.
•    Prix du meilleur film étranger, lors de l'Arizona International Film Festival 1998.
•    Prix du meilleur acteur (Tony Leung Chiu-wai), lors des Hong Kong Film Awards 1998.
•    Prix du film du mérite, lors des Hong Kong Film Critics Society Awards 1998.

lundi 16 août 2010

NATATION 8 : 2 km 250 mètres, Piscine Georges Rigal, 16/08/2010.

2250 mètres le 16/08/2010 (de 17h10 à 18h50) à Piscine Georges Rigal

60 longueurs X 25 mètres en brasse = 1 km 250.

40 longueurs X 25 mètres en crawl = 1 km.

Soit : 2km 250 en 100 mn soit 1 h 40, c'est bien, je suis contente de moi. :)

+ 1,9 km pour rentrer (20 mn) du métro Alexandre Dumas à chez moi (comme je le fais à chaque fois mais bon avant je ne l'écrivais pas). Pour y aller je vais en métro, parce que je suis souvent à la bourre et comme la motivation sportive part très très vite chez moi, il faut que je fonce dès qu'elle est miraculeusement en moi !!!

Aujourd'hui c'était le pied dans la piscine (il faut bien que je prenne mon pied quelque part...). Comme il pleut, il y a moins de monde évidemment, mais attention, vers 18h30, une nouvelle vague de nageurs arrive ! N'empêche, je fais 55 kilos...yes ! (en fait 54 après être allée aux toilettes, donc je me dis que je fais 55) mais ça va pas durer avec la rentrée, je suis LUCIDE. Rentrée = travail = stress = fatigue = pas de sport = bouffe.)

J'avais prévu de manger frugal style : reste de soupe + fromage blanc...Mais là, j'ai FAIIIIIIIIM !!! J'ai juste une faim de loup de malade, je sais pas quoi manger...Mais je pourrais bouffer un dromadaire. Plus raisonnablement un couscous...Pourquoi je pense à ça, parce que c'est la fin du Ramadan et qu'il y a des dattes partout, d'ailleurs actuellement j'en mange beaucoup, beaucoup (en attendant que la soupe soit réchauffée), et faut que j'arrête...Je les ai prises naturelles sans aucun additif (style glucose), et elles sont trop bonnes mais bourrées de sucre naturellement donc FAUT QUE j'arrête. J'aurais dû les bouffer AVANT d'aller et pas APRES, mais oui mais avant, j'en avais pas envie et là, j'ai envie. Voilà, typique.

Entrée libre. Pourquoi ? Parce que grève il y a : la mairie de Paris prévoit de remplacer les êtres humains au guichet par des tourniquets :

http://www.paris.fr/portail/loisirs/Portal.lut?page_id=152&document_type_id=2&document_id=83172&portlet_id=24458

Qu'est-ce que j'en pense ?
Je n'ai pas d'avis tranché.

POUR :
- Oui je suis d'accord avec l'argument de la Marie de Paris qui souligne le fait que ce n'est pas un travail valorisant : on devrait mettre de l'argent à donner de l'éducation aux gens pour ne pas que "guichetier de piscine" soit un métier.
- Oui je suis d'accord que les gens au guichet de n'importe quelle entreprise sont rarement aimables mais souvent agressifs car en ont marre des gens et deviennent misanthropes ce qu'on peut comprendre !
- C'est clair qu'avec la machine, plus de prise de tête (à attendre que ça ouvre ; à attendre que truc règle son problème perso, etc.) : on passerait le tourniquet, et hop !

CONTRE :
- ça pourrait être un job étudiant super, l'étudiant se fout de la valorisation du boulot : il a besoin de payer son loyer et/ou ses sorties. C'est un travail temporaire, utilitaire, il ne fera pas ça toute sa vie, comme le McDo sans les odeurs de hamburger, mais l'odeur du chlore.
- ça pourait être un job pour une personne qui est en grave difficulté sociale et qui aurait besoin d'un travail ou encore une personne handicapée physique ou mentale légère à mi-temps, qui aurait de quoi subvenir en partie à ses besoins de façon indépendante et ainsi faire partie de la société sans rien devoir à qui que ce soit.

Compromis :
- On a toujours besoin d'un être humain,  en cas de panne de la machine et de problèmes complexes ou pour répondre au téléphone. Il faudrait au moins sauvegarder un poste humain.

samedi 14 août 2010

NATATION 7 : 1375 m ; Georges Rigal, Samedi 14 août 2010.

Piscine Georges Rigal, XIème.
Arrivée : 16h30
Départ : 17h30
20 longueurs X 25 mètres en brasse : 500 mètres
35 longueurs X 25 mètres en crawl : 875 mètres
= 1375 mètres.
Bon, 1km 375 en 1 heure, ça va, mais 1h c'est trop juste pour être satisfaite.

jeudi 12 août 2010

UN AMOUR (Un Amore) de Dino BUZZATI, 1963 (ITALIE)


Un livre qui fait mal (tandis qu'un Amour de Swann fait rire sur exactement le même sujet : la perdition d'un homme dans un amour non-réciproque).
Au niveau du style précisément, c'est du Proust version moderne : le mimétisme de la pensée prime sur la ponctuation.
Nous sommes dans le cerveau du narrateur qui souffre, nous sommes dans son cœur qui saigne en discontinu, d'aimer à en être malade une jeune femme qui ne lui donnera jamais d'affection en retour.
Une belle prostituée vénale en pleine fleur de l'âge, dont il est amoureux ; tombé fou amoureux.
Lui est architecte, la quarantaine, bourgeois, petit-bourgeois à la vie tranquille à Milan.
L'écriture imite donc la maladie, le rythme des pensées obsessionnelles maladives, qui fusent de partout et tout le temps,  pour mieux faire mal. 
Nous assistons, impuissants lecteurs, à la déchéance d'un homme sensé, intelligent, qui a de la culture et de l'argent ; qui perd goût à la vie ; à son travail ; à ses amis et n'est heureux que lorsqu'il la voit, elle, Laïdé (qui lit Mickey), devenue contre son gré, sa seule et unique raison de vivre.
Pour elle, il s'humilie sans cesse, allant jusqu'à se déplacer souvent pour donner la pâté au chien de mademoiselle pendant qu'elle couche avec d'autres et que lui attend, comme un con pendant des heures et des heures, en ruminant contre lui-même et son manque de courage, de virilité.
Il est lucide, c'est juste qu'il n'arrive pas à agir en conséquence, parce que cette lucidité le rend très  malheureux alors que VOIR Laïdé le rend heureux.
C'est un livre poignant qui n'a nulle morale possible : le héros a sans cesse essayé de sortir de cet enfer, a mille fois pensé à tout arrêter ; mais il n'y est pas arrivé.
La personne qui le jugera aura juste eu la chance de ne jamais tomber amoureux de cette façon, la plus pathétique qui soit pour quelqu'un d'intelligent qui se respecte.

Bon, je l'ai fini chez Ezgi, à 3h du mat à Gênes, le mercredi 12 août. J'ai des passages très longs à recopier donc, je vais mettre beaucoup de temps, je le ferai au fur et à mesure...

« Grand Dieu ! était-il donc possible qu’il ne parvînt pas à penser à autre chose ? son esprit demeurait fixé là, toujours sur le même discours déchirant, et à la hauteur du Palais di Brera il se sentit pris de panique car il a compris en cet instant précis qu’il était totalement malheureux sans aucune possibilité d’en sortir, une chose absurde et idiote, mais pourtant tellement vraie et intense qu’il ne trouvait plus d’apaisement.
Il s’aperçoit désormais, pour autant qu’il tente de se révolter, qu’elle le persécute en pensée jusque dans les plus minuscules moments de la journée, chaque chose personne situation lecture souveir le reconduit vers elle de façon foudroyante par de tortueux et méchants détours. Une sorte de feu intérieur, en pleine poitrine, au plexus solaire, une tension immobile et douloureuse de tout son être, comme lorsque d’un moment à l’autre peut arriver une chose épouvantable et que l’on reste là courbé par le spasme, l’angoisse, l’humiliation, le besoin impérieux et désespéré, la faiblesse, le désir, la maladie tout cela tout ensemble mêlé, agglutiné, une souffrance compacte et totale. Et l’on comprend que c’est une histoire ridicule, insensée et ruineuse, que c’est le classique piège dans lequel tombent les poires de province, qu’il ne se trouverait personne pour ne pas vous traiter d’imbécile, et qu’en conséquence on ne peut attendre de personne ni consolation, ni aide, ni pitié l’aide et la consolation ne peuvent venir que d’elle mais elle se moque bien de lui, non par méchanceté ou par goût de la faire souffrir, mais parce que pour elle il n’est qu’un client, comme les autres, au reste, qu’en sait-elle, Laïdé, de cet amour qu’a Antonio pour elle ? elle ne peut même pas se l’imaginer une seconde, un homme d’un milieu tellement différent, un homme de presque cinquante ans. Et les autres ? sa maman, ses amis ? Quelle catastrophe s’ils le savaient. Et pourtant à cinquante ans aussi on peut se retrouver comme un petit enfant, aussi faible éperdu épouvanté qu’un petit enfant qui s’est égaré dans l’obscurité d’une jungle. L’inquiétude, la soif, la peur, l’émoi, la jalousie, l’impatience, la désespérance. L’amour !
Prisonnier d’un amour faux et trompeur, le cerveau ne lui appartenant plus, Laïdé y avait pénétré et le lui desséchait le lui mangeait. Dans le moindre repli caché de ce cerveau dans sa plus infime retraite aussi souterraine fût-ekke, partout où il pouvait tenter de se replier pour trouver un instant de répit, n’importe où, tout au fond, il la trouvait toujours ; elle ne le regarde même pas, elle s’aperçoit même pas de sa présence, accrochée dans d’impudiques danses se laissant tripoter de partout par un partenaire dégoûtant et malpropre, elle se déshabille sous les yeux du chef comptable Fumaroli qu’elle connaît depuis une minute à peine, elle, malédiction ! toujours elle, sauvagement installée dans son cerveau, et qui de son cerveau regarde tous les autres, téléphone aux autres, joue et fornique avec les autres, entre sort et s’en va toujours dans une frénétique agitation curant à ses rendez-vous ses affaires et ses mystérieux trafics.
Et tout ce qui n’était pas elle, tout ce qui ne la concernait pas, tout le reste du monde, le travail, l’art, la famille, les amis, les montagnes, les autres femmes les milliers et milliers d’autres femmes splendides, et même beaucoup plus belles et plus sensuelles qu’elle, de tout cela plus rien ne lui importait, que tout cela aille au diable, elle seule elle seule, Laïdé, pouvait le soulager de cette insupportable souffrance et point n’était besoin qu’elle se laissât posséder ni même qu’elle se montrât particulièrement gentille, il suffisait qu’elle fût avec lui, près de lui, qu’elle lui parlât et qu’au moins pour quelques minutes même si c’était contre sa volonté elle se rendît compte qu’il existait, c’était seulement dans ces trop brefs instant de répit qui ne survenaient que rarement et duraient le temps d’un soupir, seulement alors qu’il trouvait la paix.
Cette fournaise dans sa poitrine s’apaisait, Antonio redevenait lui-même, son intérêt pour la vie le travail retrouvait un sens, les mondes poétiques auxquels il avait dédié sa vie recommençaient à resplendir de leurs antiques charmes et un indescriptible soulagement se répandait dans tout son être.
Sans doute savait-il qu’elle s’en irait bientôt et que presque aussitôt le malheur l’agripperait à nouveau, il savait qu’ensuite ce serait pis encore, cela ne faisait rien, cette sensation de libération était à ce point grande, totale, que pour l’instant il ne pensait plus à rien d’autre. »
Chapitre 14, p.113 à 116.

« Il avait souvent entendu raconter, la plupart du temps par des hommes plutôt âgés, qu’ils devenaient les esclaves d’une femme seulement parce que cette femme savait leur procurer la jouissance et pas les autres. Une sorte d’envoûtement sexuel. Il s’était demandé au commencement s’il ne lui arrivait pas quelque chose de ce genre. Il a bien compris malheureusement que son est totalement différent et de beaucoup plus grave. S’il s’était seulement agi (là y a un pb de traduction, non ?) d’un lien sexuel, il n’aurait pas eu besoin de s’inquiéter. Tout pouvait s’arranger, avec une fille de ce genre, dans un simple rapport entre donner et avoir. (…)
Non. Il l’aimait pour elle-même, pour ce qu’elle représentait de féminin, de caprice, de jeunesse, de simplicité populaire, d’effronterie, de liberté, de mystère. Elle était le symbole d’un monde plébéien, nocturne, joyeux, vicieux, ignominieusement intrépide et sûr de soi qui fermentait d’une vie insatiable auprès de l’ennui et de la respectabilité des bourgeois. Elle était l’inconnu, l’aventure, la fleur de l’antique cité germant dans la cour d’une vieille maison mal famée avec comme engrais les souvenirs, les légendes, les misères, les péchés, les ombres et les secrets de Milan. Et bien qu’elle eût été déjà piétiné par beaucoup, elle demeurait fraîche encore, gentille et parfumée.
Il lui suffirait –pensait-il- que Laïdé devînt un peu sienne, vécût un peu pour lui, l’idée fixe de pouvoir entrer dans l’existence de cette fillette comme un véritable personnage, de devenir pour elle une chose importante, telle était son obsession. Il s’en fût montré plus orgueilleux que si une splendide et puissante reine, que si Marilyn Monroe était tombée à ses genoux folle d’amour. (…)
Ce n’était pas une question charnelle, c’était d’une sorcellerie plus profonde, comme si un nouveau destin, auquel il n’avait jamais pensé, l’appelait, lui Antonio, et le traînait progressivement, avec une irrésistible violence vers des lendemains ignorés et ténébreux. Et quelque côté qu’on la regardât, la situation ne laissait entrevoir aucune issue possible. Rien d’autre ne pouvait l’attendre que rage humiliations jalousies et soucis éternels. (…) ».
Chapitre 14, p. 117-118.

« Il la voyait pénétrer dans la garçonnière d’un nouveau client plutôt âgé, chez lequel elle était envoyée par Mme Ermelina, et s’asseoir après les classiques politesses d’usage sur ses genoux non sans s’être d’abord retroussé les jupons pas tant pour ne pas les froisser que pour lui faire mieux sentir la chaleur et la fermeté de ses cuisses et souriant de cette petite moue malicieuse des lèvres, sans plus de préambules, tandis qu’une grosse main se glisse sous son chemiser et déjà lui tâte les seins, appliquer sa bouche sur celle du client en un élan effronté et alors l’homme complètement excité la porte presque dans la pièce voisine, et tous deux nus sur le lit, leurs enlacements, leurs contorsions, leurs baisers, le goût qu’elle éprouve peut-être à déchaîner en lui la fougue la plus exaspérée trouvant en cela des raisons de s’enorgueillir de son propre corps avec l’espoir d’un petit cadeau supplémentaire à la fin alors qu’elle ne sait pas même comment il se nomme ni quelle est sa profession, il se peut parfaitement qu’elle ne le reverra jamais plus de toute sa vie mais pour l’instant elle l’affole et l’excite et l’embrasse avec zèle aux endroits les plus sensibles, s’amusant des spasmes de ce vieux comme une fillette qui agace un crapaud pour le simple plaisir de le voir sauter en l’air. (…) et alors, assis devant son bureau, il demeurait soudain immobile, absent, horriblement tendu, sentant bien que cette torture consumait en lui des années et des années de sa vie. Peut-être mettait-il une obscure complaisance à fantastiquer aussi douloureusement ? Ces supposition perverses ne lui servaient-elle pas par hasard à rendre Laïdé toujours plus provocante, étrangère, inaccessible et plus digne en conséquence d’être désirée et aimée ? »
Chapitre 14, p.120-121.

« Et lui, assis sur le divan, la regardait découragée. Comme elle était vraie, comme elle était pure, comme elle était belle. Jamais il ne pourrait la rejoindre. Elle était en dehors, elle était étrangère, inaccessible, elle était l’incarnation de…de…de la du…bon sang de tout ce que jusqu’ici il n’a pas eu du tout ce que jusqu’ici il a bêtement méprisé, de la folie, des nuits d’orgie que la morale condamne, de ce que l’on appelle les aventures qui sont faites de murmures dans un coin interdit, de couloirs de grand hôtel, portes qui se referment sans bruit, paroles chuchotées sur le bord d’un lit, le bras qui enlace sa taille et elle s’abandonne, lentement oh oui, oui, lentement tandis qu’au-dehors, sur le jardin dans un complet silence, règne la lune ».


(la couverture est nulle, mais c'est la version du Livre de Poche que j'aie eue gratuitement grâce à la Bourse aux Livres de la Cité internationale que j'ai ratée en mai 2010 et dont je me remettrai jamais...)

lundi 9 août 2010

LE TEMPS DES GITANS, (en serbo-croate Дом за вешање (Dom za vešanje)), d'Emir KUSTURICA, 1989 (YOUGOSLAVIE)


 Le Temps des Gitans, d’Emir Kusturica, 1989.
****Très bon film.

« Le Temps des Gitans », c’est un film que j’ai voulu voir en espérant de tout mon cœur avoir une image différente et meilleure des Gitans* ; hélas, mille fois hélas, ce film confirme ces nombreux préjugés établis : vols en tous genres ; exploitation d’enfants mendiants faisant semblant d’être infirmes ; trafic d’enfants en vue d’adoption, etc. Et tout cela au moyen de promesses en l’air ; de mensonges ; sournoiserie ; mesquinerie, etc. Voilà les trois-quarts du film, avec pour héros, Perhan, un jeune homme né honnête, gentil et bon à la base, mais sans aucune éducation (hormis musicale…) et doté d’un don hors du commun : il peut déplacer les objets par son esprit.

Sa grand-mère aurait voulu qu’il gagne sa vie de façon honnête, mais comment peut-elle bien espérer cela sachant qu’elle ne l’encourage à faire aucune formation professionnelle ? Pas une seule fois, le mot « école » n’est évoqué dans ce film ! La notion d’éducation, de formation, de diplômes, ne fait pas partie du monde tzigane, en tout cas dans ce film.

C’est pour ça qu’en toute logique, aussi bon soit-il, Perhan se retrouve coincé à devenir malhonnête et sa grand-mère est d’une hypocrisie incroyable quand elle pleure en voyant ce qu’il est devenu : comment ne pouvait-elle pas deviner, comme l’aura déjà anticipé naturellement le spectateur, que celui-ci allait mal tourner en le confiant à un gitan qui vient de dépouiller son propre fils et qu’elle le savait très bien ?

Elle le fait parce qu’elle n’a plus rien et qu’elle est vieille : nous le comprenons très bien ; mais pourquoi ce déni de sa propre responsabilité dans ce qu’est devenu son petit-fils ? Elle lui dit d’utiliser sa tête, mais elle ne lui dit pas vraiment comment. La seule profession qu’on lui connaît est la guérison par la magie (ou la sorcellerie).
Perhan aurait pu se servir de son don magique pour gagner sa vie honnêtement : dans un cirque, dans la rue, que sais-je ?

Il est né d’un soldat slovène de passage qui a juste baisé sa mère et n’a jamais plus donné de nouvelles (un connard de plus sur terre) abandonnant sa mère et lui, décédée à la naissance de sa sœur ; lui-même devient père d’un enfant qui n’est pas le sien mais celui de son beau-père, le père de sa demi-sœur… ; lui-même perd la femme qu’il aime suite à la naissance d’un enfant qui n’est pas le sien… ; lui-même abandonne sa sœur, puis son propre fils, au lieu de comprendre ses priorités, avant de mourir lui-même…

Ce film est très triste et laisse un goût amer. Parce qu’on s’attache beaucoup à Perhan qui est si naïf, si bon, un si gentil garçon perdu et qui aura vraiment eu une vie de merde du début à la fin, en ayant cru sincèrement à la bonté d’un père protecteur (finalement totalement idéalisé), Ahmed, qui aura fait de lieu un bon voyou.

Au niveau stylistique, ce film est plein de fantaisie, d’imagination, de mouvements, qui en font un film atypique dans le paysage cinématographique et original, à voir, surtout les rêves ou les cauchemars de Perhan.

La plus belle scène du film est sans conteste la scène imaginée par Perhan dans le Gange au milieu des Indiens (qui en a fait l’affiche du film), elle est d’une beauté incroyable sur fond d’allusion métaphorique au Styx et au mythe d’Orphée et Eurydice (Hadès lui avait dit que s’il voulait la revoir vivante, il ne devait pas la regarder, mais il l’a fait et elle meurt une deuxième fois…). Azra, dont la beauté est sublimée dans cette scène incarne la pureté et la beauté qu’il ne vivra jamais dans la vraie vie, sur cette terre ; mais il l’aura au moins vécue en rêve.

Toutefois, au nouveau de la couleur de l’image globale du film, ce n’est pas terrible, c’est trop réaliste peut-être, c’est dommage.

.C’est  le premier film tourné en langue tzigane, du côté serbo-croate, en Macédoine, puis dans divers pays de l’Est où sont bien installés les Gitans.

* Ces personnes à l’apparence rarement propre et à l’allure négligée, qui envahissent les trottoirs européens pour éternellement mendier sans travailler… avec leurs enfants dans les bras pour les femmes, et leurs violons à la main pour les hommes, tous virtuoses, certes, mais mendiant, toujours mendiant**… Les femmes et « leurs » enfants n’hésiteront jamais à vous emmerder jusqu’au bout pour obtenir une pièce, peu importe si vous êtes en pleine discussion avec des amis en train de prendre « tranquillement » un café. Les enfants ne sont plus des enfants : leur sourire est automatisé, le son de leur voix calculé, leurs expressions de visage également, ce sont des enfants dressés et robotisés à mendier. Plus d’innocence. C’est un peuple spécialisé dans le vol d’âme, de pureté, d’innocence, de fraîcheur des enfants.
**A part les Gypsy Kings… (Hélas, même les Gypsy King, que j’adore – à cause d’Aurélien- ont tout arrêté à cause de problèmes d’argent et de violence entre eux…).