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samedi 1 janvier 2011

Books v. cigarettes, Georges Orwell, 1946 (UK) (and other articles)


Editions Pinguin ideas, 2008.
Books v. cigarettes, Georges Orwell, 1946 (UK)
Lecture achevée le 1er janvier 2011.

Il y a deux ans, un ami à moi, un éditeur de journaux, surveillait les feux[i] avec des ouvriers. Ils en sont arrivés à parler de son journal, qu’ils lisaient et approuvaient pour la plupart, mais quand il leur demanda ce qu’ils pensaient de la section littéraire, la réponse qu’il obtint fut : « Vous ne pensez quand même pas qu’on lise ce truc, si ? Pourquoi, la moitié du temps vous parlez de livres qui coûtent douze pounds et six pence ! Les types comme nous ne peuvent pas dépenser douze pounds et six pence pour un livre ». Ceux-là, me dit-il, étaient des hommes qui pouvaient dépenser plusieurs pounds pour un voyage à Blackpool.
Cette idée que l’achat, ou même la lecture, de livres est un loisir coûteux et inaccessible à la classe moyenne est tellement répandue que cela demande d’être analysé de plus près. Ce que lire représente exactement, reconnu en termes de pence par heure, est difficile à estimer, mais j’ai commencé à inventorier mes propres livres et à ajouter leur prix total. After allowing for various other expenses (comment traduire ?), je peux faire une bonne estimation de ma dépense ces quinze dernières années.
Les livres que j’ai tenus en compte et dont j’ai évalué le prix sont ceux que j’ai ici, dans mon appartement. J’ai à peu près le nombre équivalent de livres stockés à un autre endroit, de sorte que je dois doubler le chiffre total pour arriver au total réel. Je n’ai pas compté le bric-à-brac tel que les épreuves, les volumes abîmés, les éditions de livres de poche à bon marché, les pamphlets ou les magazines, à moins qu’ils n’aient été ficelés en forme de livre. J’ai tenu en compte seulement les livres que j’avais acquis volontairement, et que j’avais l’intention de garder. Dans cette catégorie, j’ai 442 livres, acquis par les moyens suivants :
 
Achetés (la plupart d’occasion)   251
Donnés ou achetés avec des avoirs de livres   33
Exemplaires donnés aux journaux et exemplaires complémentaires  143
Empruntés et non-retournés 10
Temporairement en prêt        5

TOTAL                                442

Maintenant, la méthode de l’évaluation du prix. Ces livres que j’ai achetés, je les ai comptés à leur prix neuf, au prix le plus proche que j’ai pu estimer. J’ai aussi compté les livres au prix neuf ceux qui m’avaient été donnés, et ceux que j’ai temporairement empruntés, ou empruntés puis gardés. C’est parce que le don de livres, l’emprunt de livres et le vol de livres reviennent plus ou moins à la même chose. Je possède des livres qui ne m’appartiennent pas strictement parlant, mais beaucoup d’autres personnes ont aussi des livres à moi : par conséquent, les livres que je n’ai pas payés peuvent être pris en compte pour équilibrer ceux pour lesquels j’ai payés mais que je ne possède plus. D’un autre côté, j’ai compté les exemplaires pour les critiques et les exemplaires complémentaires à moitié-prix. Cela représente ce que j’aurais payé pour eux d’occasion et ils sont pour la plupart des livres que je n’aurais seulement payés d’occasion, si ce n’est rien. Pour les prix, j’ai dû parfois me fier à des hypothèses mais mes chiffres ne seront pas loin. Les prix étaient comme suit :



Pounds            Shillings           d (=Pence)

Achetés :                                          36                    9                      0
Cadeaux                                           10                    10                    0
Exemplaires pour critiques, etc.            25                    11                    9
Empruntés et non-retournés                  4                      16                    9
En prêt                                               3                      10                    0
Etagères                                             2                      0                      0

PERSO JE NE COMPRENDS RIEN A L’ESTIMATION DU PRIX DES LIVRES EN 1946 DE GEORGE.

Ajouté à cela, l’autre lot de livres que j’ai quelque part ailleurs, il semble que je possède en tout près de 900 livres, à un prix de 165 livres et 15 shillings. C’est l’accumulation d’à peu près quinze années. Cela nous amène à 11 livres et 1 shilling par an, mais il y a d’autres charges qui doivent être ajoutées afin d’estimer les dépenses totales de ma lecture. Le plus gros sera pour les journaux et les magazines, et pour cela je pense que 8 livres par an serait un chiffre raisonnable. Huit livres par an couvre le prix de deux journaux quotidiens, un journal du soir, deux journaux du dimanche, un magazine hebdomadaire et un ou deux magazines. Cela augmente le chiffre à 19 pounds et 1 shilling, mais pour parvenir au grand total on doit deviner. De toute évidence on dépense souvent de l’argent en livres sans avoir à le démontrer ensuite. Il y a les souscriptions à la bibliothèque, et il y a aussi les livres, majoritairement les Pinguins et les éditions pas chères qu’on achète et qu’on perd ensuite ou qu’on jette. Cependant, sur la base de mes autres chiffres, il semble que 6 livres par an serait suffisants pour les dépenses de ce genre. Donc mes dépenses totales de livres sur ces quinze dernières années ont été aux alentours de 25 livres par an.
Vingt-cinq livres par an paraît beaucoup jusqu’à ce qu’on commence à comparer avec d’autres types de dépenses. Cela fait à peu près 9 shillings et 9 pence par semaine, et maintenant 9 shillings et 9 pence équivalent à peu près 83 cigarettes (marque Players) : même avant la guerre cela vous aurait payé moins de 200 cigarettes. Avec les prix actuels, je dépense beaucoup plus en tabac qu’en livres. Je fume 158 grammes (6 ounces X 28,35 grammes) par semaine, à une demi-couronne l’once, ce qui fait à peu près 40 livres par an. Même avant la guerre quand le même tabac coûtait 8 pence l’once, je dépensais plus 10 livres : et si fais la moyenne aussi d’une pinte de bière par jour, à six pence, ces deux choses ensemble m’auront coûté près de 20 livres par an. Ce n’était probablement pas beaucoup plus que la moyenne nationale.
En 1938 les gens de ce pays dépensaient près de 10 livres par tête et par an en alcool et en tabac : toutefois, 20 pour cent de cette population étaient des enfants de moins de quinze ans et quarante pour cent étaient des femmes, par conséquent le fumeur et le buveur moyen ont dû dépenser plus de 10 livres. En 1944, la dépense annuelle par tête pour ces deux produits n’était pas moins de 23 livres. Comptons les femmes et les enfants comme précédemment, et 40 livres est un chiffre individuel raisonnable. Quarante livres par an serait juste pour payer un paquet de Woodbines tous les jours et une demi-pinte de blonde six jours par semaine –ce qui n’est pas excessif. Bien sûr, tous les prix ont maintenant augmenté, y compris le prix des livres : il n’empêche que malgré le prix des livres, même si on les achète au lieu de les emprunter et les prendre en un assez grand nombre de périodiques, ne coûte pas plus que le prix combiné des cigarettes et de l’alcool.
C’est difficile d’établir une quelconque relation entre le prix des livres et la valeur de ce que l’on retire. Les « livres » incluent les romans, la poésie, les manuels, les ouvrages de référence, les traités sociologiques et beaucoup d’autres choses, et la longueur et le prix varient d’un livre à l’autre, particulièrement si on achète habituellement des livres d’occasion. Vous pouvez dépenser dix shillings pour un poème de 500 lignes, et vous pouvez dépenser six pence pour un dictionnaire que vous n’allez consulter que de temps en temps sur une période de vingt ans. Il y a des livres que l’on lit et relit encore et encore, des livres qui font partie des meubles à son esprit et d’autres de son attitude entière par rapport à la vie, des livres que l’on touche mais qu’on ne finit jamais jusqu’au bout, des livres que l’on lit d’un seul trait et qu’on oublie une semaine après : et le coût en termes d’argent, doit être le même dans chaque cas.  Mais si on le voit simplement comme une distraction, comme aller au cinéma, alors c’est possible de faire une sommaire évaluation de ce que cela coûte. Si vous lisez seulement des romans et de la littérature « légère », et que vous achetez chaque livre que vous lisez, vous devriez dépenser –en estimant à huit shillings le prix d’un livre, et à quatre heures le temps dépensé à le lire- deux shillings par heure. C’est à peu près ce que coûte pour s’assoir dans un des plus chers sièges de cinéma. Si vous êtes concentré sur des livres plus sérieux et que vous achetez toujours tout ce que vous lisez, vos dépenses seraient à peu près pareilles. Les livres coûteraient plus chers mais ils prendraient plus de temps à lire. Dans chacun des cas vous posséderez toujours les livres après les avoir lus, et ils pourraient se vendre au tiers de leur prix d’achat. Si vous achetez seulement des livres d’occasion, vos dépenses en lecture seraient, bien sûr, beaucoup moindres : peut-être six pence pour une heure serait une bonne estimation. Et de l’autre côté si vous n’achetez pas de livres, mais que tout simplement vous les empruntez à la bibliothèque privée, lire vous coûte à peu près un demi-penny par heure : si vous les empruntez à une bibliothèque municipale, cela ne vous coûte à peu près rien.
J’en ai dit assez pour démontrer que lire est une des distractions les moins chères après écouter la radio, probablement, la moins chère. En attendant, quel est le montant actuel des dépenses en livres du public britannique ? Je ne peux trouver aucun chiffre, bien qu’ils doivent sans doute exister. Mais je sais qu’avant la guerre le pays publiait annuellement 15.000 livres, ce qui incluait les rééditions des manuels scolaires. Si 10.000 exemplaires de chaque livre étaient vendus – et même pour les manuels scolaires, c’est probablement une haute estimation- la personne moyenne n’achète que trois livres par an. Ces trois livres pris ensemble devraient coûter 1 livre ou probablement moins.
Ces chiffres sont des hypothèses, et je devrais être intéressé si quelqu’un pouvait les corriger pour moi. Mais si mon estimation est quelque part juste, ce n’est pas terrible (« a proud record » = un bon compte-rendu ? une bonne réputation ?) pour un pays qui est à peu près 100 pour cent lettré et où l’homme ordinaire dépense plus en cigarettes qu’un paysan indien a pour toute sa vie. Et si la consommation de livres demeure aussi bas qu’elle a été, au moins reconnaissons que c’est parce que lire est un passe-temps moins excitant qu’aller aux courses de chiens, au cinéma ou au pub, et pas parce que les livres, qu’ils soient achetés ou non, sont trop chers.
Tribune, 8 février 1946.



[i] Fire watchers in World War Two were people who went to a high point in their village or town and watched there all night for fires. If they saw a fire they had to report it to the fire department. There would probably be more than one fire watcher if it was a big city that needed watching.
A fire watch is implemented to ensure the fire-safety of a building or area in the event of any act, e.g., hot work, or situation instigating an increased risk to persons or property.   The term "Fire Watch" is used to describe a dedicated person or persons whose sole responsibility is to look for fires within an established area.
Lexique :
Chap : type
Review copies : exemplaires donnés gratuitement aux media afin qu’ils en fassent des critiques dans leurs journaux ou émissions.
Guesswork : hypothèse
Batch : lot
Fairly : assez
Rough : sommaire


« Bookshop memories »

Orwell se souvient de son job de libraire à mi-temps (« Our shop was exactly on the frontier between Hampstead and Camden town », p.11) et explique le business d’une librairie, monde qui l’a dégoûté des livres pendant un bon moment. Trop de livres, trop de poussière et trop peu de gens vraiment passionnés par la (vraie) littérature mais surtout des gens qui achètent des trucs pas chers à offrir ou faciles à lire pour se divertir et des emmerdeurs qui s’ennuient.
« Modern books for children are rather horrible things, especially when you see them in the mass. Personnaly I would sooner give a child a copy of Petronius Arbiter than Peter Pan (…) », p. 10
« (…) of all the authors in our library the one who « went out » the best was - Priestley ? Hemingway ? Walpole ? Wodehouse ? No, Ethel M. Dell, Warwick Deeping, a good second, and Jeffrey Farnol, I should say, third », p.11
En gros, les femmes lisent des trucs à l’eau-de-rose style John Galsworthy et les hommes des histoires policières.
Les grands auteurs classiques du XIXème n’ont aucun succès : Dickens, Thackeray, Austen, Trollope : « nobody takes them out ».
Les auteurs américains n’ont pas de succès non plus, à cause disent les lecteurs, du fait que ce soient des nouvelles, et ils n’ont pas envie de faire l’effort à chaque fois de s’habituer à de nouveaux personnages pour chaque histoire et préfèrent le faire une seule fois pour toute dans un roman.
Orwell dit que ce sont plus les auteurs à blâmer que les lecteurs dans ce cas qui ne complexifient pas assez leurs personnages dans leurs nouvelles, sauf D.H. Lawrence : « whose short stories are as popular as his novels », p.13.
Il explique que le métier de libraire est très difficile, que son patron travaillait soixante-dix heures par semaine en passant son temps à partir en expédition acheter des livres.
« A bookselller has to tell lies about books », p.14
« Nowadays I do buy one occasionnaly, but only if it is a book that I want to read and can’t borrow, and I never buy junk. The sweet smell of decaying paper appeals me no longer. It is too closely associated in my mind with paranoiac customers and dead bluebottles ».
Fornightly, november 1936


Lexique :
Wistful : mélancolique
Spinster : vieille fille  
(merveilleux titre de roman : « The wistful spinster »
Bluebottle : mouche (très joli mot pour une mouche dis donc !)



« Confessions of a Book Reviewer », 
Tribune, 3 May 1946 ; New Republic, 5 August 1946.

Dans cet article (très drôle), Orwell raconte le métier de critique littéraire et explique que 9 fois sur 10, les livres qu’on leur demande de lire sont de la merde, mais que malheureusement, les gens payent pour recevoir des conseils positifs de lecture et non pas des critiques négatives qui ne les aideraient pas.

« In a cold but stuffy bed-sitting room littered with cigarette ends and half-empty cup of tea, a man in a moth-eaten dressing-gown sits at a rickety table, trying to find room for his typewriter among the piles of dusty papers that surround it. He cannot throw the papers away because the wastepaper basket is already overflowing, and besides, somewhere among the unanswered letters and unpaid bills it is possible that there is a cheque for two guineas which he is nearly certain he forgot to pay into the bank. There are also letters with addresses which ought to be entered in his adress book. He has lost his address book, and the thought of looking for it, or indeed of looking for anything, afflicts him with acute suicidal impulses.
He is a man of thirty-five but looks fifty. (…) If things are normal with him he will be suffering from malnutrition, but if he has recently had a lucky streak he will be suffering from a hangover.
(…)
At present it is half past eleven in the morning, and according to his scedhule he should have started work two hours ago.
(…)
His review -800 words, say- has got to be « in » by midday tomorrow. », p.15

« Needless to say this person is a writer. He might be a poet, a novelist, or a writer or film scripts or radio features, for all literary people are very much alike, but let us say he is a book reviewer. », p.16

« They arrived four days ago (les livres à lire), but for forty-eight hours the reviewer was prevented by moral paralysis from opening the parcel. », p. 16

« By four in the afternoon he will have taken the books out of their wrapping papers but will still be suffering from a nervous inability to open them. The prospects of having to read them, and even the smell of the paper, affects him like the prospect of eating cold ground-rice pudding flavoured with castor oil. And yet curiously enough his copy will get to the office in time. Somehow it always does get there in time. At about nine p.m. his mind will grow relatively clear, and until the small hours he will sit in a room which grows colder and colder, while the cigarette smoke grows thicker and thicker, skipping expertly through one book after another and laying each down with a final comment, « God, what tripe ! », p.17

« Until one has some kind of professional relationship with books one does not discover how bad the majority of them are. In much more than nine cases out of ten the only objectively truthful criticism would be : « This book is worthless », while the truth about the reviewer’s own reaction would probably be  « This book does not interest me in any way, and I would not write about it unless I were paid to ». But the public will not pay to read that kind of thing. 
(…)
The best practice, it has always seemed to me, would be simply to ignore the great majority of books and give very long reviews -1000 words is a bare minimum- to the few that seem to matter. »

Lexique :
Moth-eaten : mité (mangé par les mites)
Streak : passe (bonne ou mauvaise)
Encaisser : to pay into the bank (je savais pas que cela se disait comme ça)
Parcel : paquet (faux-ami)
What tripe ! : quelles conneries ! (peut-être « quelle merde ! » dans le contexte).
Downtrodded : opprimé, tyrannisé.
Nerve-racked : à fleur de peau


« The Prevention of Literature ».

Article très énervé contre la dictature de la pensée du régime communiste et pour la liberté de la presse. On sent que cette profonde colère, qui date de 1946, est à l’origine de 1984. Article inégal (parfois répétitif) dont de magnifiques passages toujours aussi pertinents aujourd’hui qui donnent du courage à tout être qui pense dans cette société de merde dont la seule logique est économique. Il dénonce non pas les tyrans, mais ceux qui sont censés réagir dans les intérêts du peuple : les écrivains et les journalistes, précisément.
Un article essentiel pour forger un esprit critique de n’importe quelle génération.

« (…) freedom of the press, if it means anything at all, means the freedom to criticize and oppose », p.21.

« Any writer or journalist who wants to retain his integrity finds himself thwarted by the general drift of society rather than by active persecution. The sort of things that are working against him are the concentration of the press in the hands of a few rich men, the grip of monopoly on radio and the films, the unwillingness of the public to spend money on books, making it necessary for nearly every writer to earn part of his living by hack work, the encroachment of official bodies like the M.O.I. (Ministry of Information) and the British Council, which help the wirter to keep alive but also waste his time and dicdate his opinions (…) », p.22.

« In the past, at any rate thoughout the Prostestant centuries, the idea of intellectual integrity were mixed up. A heretic –political, moral, religious, or aesthetic- was one who refused to outrage his own conscience. His outlook was summed ip in the words of the Revivalist hymn :

Dare to be a Daniel,
Dare to stand alone ;
Dare to have a purpose firm,
Dare to make it known.

To bring this hymn up to date one would have to add a « Don’t » at the beginning of each line. For it is the peculiarity of our age that the rebels against the existing order, at any rate the most numerous and characteristic of them, are also rebelling against the idea of individual integrity. « Daring to stand alone » is ideologically criminal as well as practically dangerous. The independance of the writer and the artist is eaten away by vague economic forces, and at the same time it is undermined by those who should be its defenders. It is with the second process that I am concerned here. », p. 23

« Here I am not trying to deal with the familiar claim that freedom is an illusion, or with the claim that there is more freedom in a totalitarian countries than in democratic ones, but with the much more tenable and dangerous proposition that freedom is undesirable and that intellectual honesty is a form of antisocial selfishness. », p.24

« The enemies of intellectual liberty always try to present their case as a plea for discipline versus individualism. (…) the writer who refuses to sell his opinions is always branded as a mere egoist. He is accused, that is, either of wanting to shut himself up in an ivory tower or making an exhibitionist display of his own personality, or of resisting the inevitable current of history in an attempt to cling to injustified privileges. », p.25

« Freedom of the intellect means the freedom to report what one has seen, heard, and felt, and not to be obliged to fabricate imaginary facts and feelings. », p.25

« When German collapsed, it was found that very large numbers of Soviet Russians –mostly, no doubt, from non-political motives- had changed sides and were fighting for the Germans. Also, a small but not negligible proportion of the Russian prisoners and Displaced Persons refused to go back to the U.S.S.R., and some of them, at least, were rapatriated against their will. These facts, known to many journalists on the spot, went almost unmentioned in the British press, while at the same time russophile publicists in England continued to justify the purges and deportations of 1936-8 by claiming that the U.S.S.R., « had no quislings ». The fog of lies and minsiformation that surrounds such subjectfs as the Ukraine famine, the Spanish Civil War, Russian policy in Poland, and so forth, is not due entirely to conscious dishonesty, but any writer or journalist who is fully sympathetic to the U.S.S.R. (…) does have to acquiesce in deliberate falsification on important issues. », p. 26-27

« It is pointed out that all historical records are biassed and inacurrate, or, on the other hand, that modern physics has proves that what seems to us the real world is an illusion, so that to believe in the evidence of one’s senses is simply vulgar philistinism. (…) Already there are countless people who would think it scandalous to falsify a scientific text-book, but would see nothing wrong in falsifying an historical fact », p.29

« (…) let me repeat what I said at the beginning of this essay ; that in England the immediate enemies of truthfulness, and hence of freedom of thought, are the press lords, the film magnantes, and the bureaucrats, but that on a long view the weakening of the desire for liberty among the intellectuals themselves is the most serious symptom of all », p.29

« But after all, how is it that books ever come to be written ? Above a quite low level, literature is an attempt to influence the viewpoint of one’s contemporaries by recording experience. And so far as freedom of expression is concerned, there is not much difference between a mere journalist and the most « unpolitical » imaginative writer. », p.31

« And the destruction of intellectual liberty cripples the journalist, the sociological writer, the historian, the novelist, the critic and the poet, in that order. », p.36

Il imagine le future : « (…) it is doubtful even now whether the great mass of people in the industrialized countries feel the need for any kind of literature. They are unwilling, at any rate, to spend anywhere near as much on reading matter as they spend on several recreations. Probably novels and stories will be completed superseded by by film and radio productions. Or perhaps some kind of low-grade sensational fiction will survive, produced by a sort of conveyor-belt process that reduces human initiative to the minimum », p. 37 
Quelle clairvoyance incroyable !! Heureusement qu’Arte et quelques fictions américaines excellentes co-existent avec les émissions de télé-réalité d’aujourd’hui !!

Les idées qui fondent 1984 sont à la page 38 mais je ne vais pas les recopier.

« The direct, conscious attack on intellectual decency comes from the intellectuals themselves. », p.39

« When one sees higly educated men looking on indifferently at oppression and persecution, one wonders which to despise more, their cynism or their shortsightedness”, p.39

A propos du scientifique : « Meanwhile, if he wants to safeguard the integrity of science, it is his job to develop some kind of of solidarity with his literary colleagues and not regard it as a matter of indifference when writers are silenced or driven to suicide, and newspapers systematically falsified. », p.40
« (…) the fact that a bought mind is a spoiled mind », p.41

« At present we know only that the imagination, like certain wild animals, will not breed in captivity. Any writer or journalist who denies that fact-and nearly all the current praise of the Soviet Union contains or implies such a denial- is, in effect, demanding his own destruction. »

Polemic, Number 2, January 1946.


Lexique :
Thwarted : déçu (amour, situation) / déjoué (plan, machination, complot), ici « déçu ».
Hack : (péjoratif) écrivaillon ; ici : « de paperasse ».
At any rate : en tout cas (ailleurs : de toute façon)
Plea for : appel à
Cling to : se cramponner à
Supplanté : superseded
Quisling : collaborateur
Shortsightedness : myopie
Doomed : condamné

mercredi 29 décembre 2010

NATATION 23 : 1870 mètres, Dolphin Square Fitness Club, London,

Arrivée : 13h33
Départ : 13h40

Série des 10 en brasse
Série des 20 en crawl
Série des 30 en brasse
Série des 40 en dos
Série des 50 en crawl
Série des 60 en brasse
Série des 70 en dos
Série des 80 en brasse
Série des 90 en crawl
Série des 100 en brasse
Série des 110 en crawl
= 1870 mètres.
850 mètres en brasse
680 mètres en crawl
340 mètres en dos

mardi 28 décembre 2010

Gauguin exhibition, Maker of Myth, Tate Modern, 28/12/2010.


****Excellent.
Ne jamais aller à une expo sans avoir vraiment mangé avant. Je le sais très bien, mais le problème c’était que j’étais déjà trop à la bourre et impossible de trouver un café sur mon chemin. Celui de la Tate est hors de prix. Bref, j’ai commencé l’expo vers 13h30 et elle prend bien trois heures.

Gauguin exhibition, Maker of Myth, Tate Modern, 28/12/2010.
1848-1903.
Au début, c’était un peintre impressionniste. Ensuite il a choisi  un langage visuel radicalement plus simple dont il a ôté les détails superflus afin d’explorer des idées complexes et construire un sens poétique.
Ses sources sont littéraires et visuelles, mais aussi issues d’autres formes non-occidentales, des mythes, de l’anthropologie, de la Bible et d’autres croyances.
 Il n’a pas voyagé tant que cela, c’est un mythe construit par lui-même.
Egalement écrivain et journaliste, il a quand même fait sa vie à Paris, en Martinique, en Bretagne, à Tahiti et aux Iles Marquises.

Room 1 : Identity and Self-Mythology
Cette salle constituée d’autoportraits a pour but de nous faire comprendre que Gauguin aimait se montrer comme un peintre aventurier et voyageur.
Par exemple, il met un tableau (de lui-même) en mise en abyme derrière lui qui représente une Polynésienne nue et met en valeur ses habits d’aventurier également.
Le tableau en question est « Manao Tupapau » (The Spirit of the dead ? Watch) qui représente une très jeune Polynésienne nue couchée sur le ventre et regardant en arrière vers le Peintre.
Le fond violet fait ressortir la couleur brune de la peau de la jeune fille et rend harmonieux le tableau.

C’est un tableau érotique qui est choquant à l’époque, d’autant plus que le modèle semble très jeune : mais que dit-on d’autre à propos des films de Larry Clark ? (cf. Ken Park : l’héroïne adolescente du film a une beauté toute polynésienne aussi).
Son dernier autoportrait date de 1903, année de sa mort aux Iles Marquises.

Room 2 : Making the familiar strange
Le but de cette salle est de nous faire comprendre que chaque objet de la vie quotidienne, sous son apparente simplicité, peut être source de symbole imaginaire.
Exemples :
- « Clovis Asleep » : représente son fils dormant sur une table en s’agrippant à une « carved Norwegian tankard » : une chope norvégienne sculptée magnifique en bois. Ce tableau met en valeur l’objet, qui fait indéniablement rêver, ce que fait sans doute le petit garçon en dormant. Cet objet est exposé au Musée, c’était un bien familial et il est en effet magnifique, mais on ne peut pas dire qu’il est un objet familier : parce qu’il est une chope, oui, mais il est  dépaysant par son côté viking.


- « Still Life with three puppies » : c’est vrai que tableau qui représente trois chiens buvant de l’eau devant lesquels se trouvent trois verres devant lesquels se trouvent trois ronds est énigmatique et narratif, style « conte ». Mais aucune réponse ne sera donnée. Cela donne très envie de faire des tableaux du même genre. L’influence serait de Matisse, moi ça m’a fait penser à Dali.

- « The Ham » : exemple le moins convaincant, c’est une nature morte de jambon cru sur un plateau et certains disent que ce morceau de jambon, tel qu’il est représenté, fait penser à la tête décapitée de Jean-Baptiste pour Salomé ! Quelle imagination ! En ce cas, on pourrait émettre cette hypothèse pour tous les morceaux de viande présentés au milieu d’un plat en argent, non ? Et des morceaux de viande comme ça, il y en a des tas… (cf. Goya).
* Meijer de Haan, hommes d’affaires néerlandais juif devenu peintre, élève de Gauguin et ami, colocataire en Bretagne, c’est son alter ego.

Room 3 : Life and Times (1848-1891)
Salle qui présente la vie de Gauguin et ses influences.
Gauguin a vécu ou voyagé en France à Paris (où il est né) ; Orléans (où il a suivi une partie de scolarité à son retour du Pérou) ; Pontoise (où il a appris et peint avec Camille Pissaro) ; Bretagne (Concarneau ; Pont-Aven (où il a vécu et peint longtemps avec ses potes) ; le Pouldu (dont les paysages sont représentés dans plusieurs tableaux) ;  Dieppe ; Rouen (où il a installé sa famille après l’abandon de son travail de courtier en bourse à Paris) ; Arles (où il va voir son pote Vincent Van Gogh) et Marseille.

BIOGRAPHIE
1848 : Il est né le 7 juin 1948 à Paris.
1949 : La famille de Gauguin (républicaine) après la révolution de 1948 s’exile politiquement au Pérou. Le père de Gauguin meurt durant le transit. Il n’a donc jamais connu son vrai père.
1954 : Cinq ans après, Gauguin et sa famille rentrent en France. Il suit sa scolarité à Paris et Orléans.
1867 : Sa mère meurt (il a 19 ans). Le riche financier et collectionneur d’Art, Gustave Arosa devient son tuteur.
1872 : Arosa lui trouve un emploi de courtier en bourse et le présente à une jeune Danoise, Mette Gad (il a 24 ans).
 1873 : Mariage avec Mette Gad (il a 25 ans). Ils auront cinq enfants : Emile (1874) ; Aline (1877) ; Clovis (1879) ; Jean-René (1881) et Paul Rollon (Pola) (1883). Au vu de l’exposition, ce sont Aline et Clovis qui sont ses préférés, parce que les autres ne sont pas représentés du tout.
1879 : Son mentor en peinture est Camille Pissaro, le peintre impressionniste qui va lui apprendre à peindre en professionnel chez lui, à Pontoise.
1882 : Crack boursier. Gauguin perd son emploi et abandonne sa carrière dans la finance pour se consacrer pleinement à la peinture.
1884 : La famille déménage à Rouen. Mette emmène les enfants à Copenhague et Gauguin entre à Paris avec Clovis.
1887 : Voyage à Panama où il travaille par hasard pour la construction du Canal.
Il passe cinq mois en Martinique.
1888 : Pont-Aven, Bretagne. Il rejoint Vincent Van Gogh à Arles.
1889 : Exposition universelle de Paris. Gauguin organise une contre-exposition indépendante au Café Volpini.
*Gauguin était fier de ses origines sud-américaines et se proclamait souvent lui-même comme un « Indien » et même un « Inca ».
Critique : mais il n’a pas du tout peint l’Amérique du Sud ou je rêve ? Il n’est pas même pas revenu au Pérou ! Pourquoi ?
*Il n’a pas connu sa grand-mère maternelle, Flora Tristan, franco-péruvienne, féministe qui s’est battue pour le droit du divorce (voulait elle-même divorcer).
Ecrivain cultivée, elle a écrit : « Mémoires et pérégrinations d’une Paria » (188 »-1884)
« Promenades dans Londres ».
Marcel Proudhon disait qu’elle était un génie.
*A propos de la peinture illustrative ; « He firmly objected the idea of illustrative painting «  I have always said (or if not said) thought that the literary poetry of the painter was special and not the illustration or translation into forms of written texts ».
Remarque : c’est ce que j’ai dit à Tomoko, qu’elle n’était pas obligée d’être dépendante du texte et pouvait s’en libérer en créant elle-même ce qui l’inspirait, mais elle me semble encore bien jeune pour comprendre cette idée. Anyway, même si je prône la libération, cela doit aller dans le même esprit du texte poétique pour moi, donc ça reste une liberté limitée, asservie au texte, en ce qui concerne mon projet personnel de recueil.
*Gauguin s’identifiait à Tartarin de Tarascon d’Alphonse Daudet.
*Et pour comprendre sa peinture, il faut avoir lu aussi Lost Paradise de John Milton (1608-1674).
*Meilleures illustrations des Fables de la Fontaine  Boutet de Monrel, un ami.
*MARTINIQUE : « It was only there that I really felt truly myself and (…) if one wants to know who I am, even more than in my 1890 works from Brittany ».
Remarque : mais pourquoi aucun tableau majeur ne vient de Martinique ?
Influence, Flaubert Gustave By Field and Shore Travels in Brittany : Que ce soit le Caire ou Quimper, le désert syrien ou les Breton moors, le but est le même : « to find the human form in its naive freedom ».
Magnifiques photos à partir de deux peintures de Jean-Léon Gérôme « Moorish Bath » and « For Sale » : « JLG was a higly celebrated and successfoul academic painter, whose approch to art, poetry and exoticism represented everything that Gauguin rejected ».
*GAUGUIN ET LE SYMBOLISME :
Il quitte l’impressionnisme car cela ne lui réussit pas financièrement, pour le symbolisme.

Room 4 : Gauguin’s  drawings.
Les impressionnistes préféraient peindre à l’extérieur ; Gauguin à l’intérieur en studio pour travailler la composition de ses tableaux. D’où l’importance de ses croquis. Il donnait des cours de dessin à Montparnasse.

Room 5 : Landscape and rural narrative.
Pour lui, l’essence de chaque pays/région résidait dans l’interaction entre les habitants et le paysage.

*Cochons noir

*Te Poipoi (Morning)

*The Loss of Virginity : le renard est le symbole de la perversité chez les Indiens, mais aussi de pouvoir sexuel dans le folklore breton.


Room 6 : Sacred themes.
Arrive très déçu à Tahiti où il constate que les Missionnaires catholiques ont bien fait leur boulot : les polynésiens ont perdu leur culture originelle, les croyances originelles originales. Il va donc rechercher ces mythes et créer le Tahiti dont rêvent les Occidentaux.
*Arearea no varua ino  (Words of the Devil or reclining tahitian woman), 1894.

*Christ dans le jardin des oliviers : tableau montrant l’arrogance de Gauguin qui se représente lui-même en Christ, se sentant persécuté lui aussi, en tant qu’artiste maudit. Tableau incompris mais que lui aimait beaucoup, l’assumant parfaitement.


Room 7 : The Eternal feminine.
Salle mettant en valeur la beauté polynésienne.
* Les baigneuses, 1897.
J’aime la position de la femme de droite qui donne envie de poser de façon similaire et de peindre ou de photographier. (Impossible de trouver une photo correcte du tableau nulle part)


*Portique sculpté de sa maison à Tahiti : « La maison du jouir » ; « Soyez mystérieuses » (à gauche en bas) ; « Soyez amoureuses vous serez heureuses ».
Il s’est séparé de sa femme (1886) et couche avec des tas de Polynésiennes très très jeunes…
*Delectable water, Te Pape nare nare.

Room 9 : Gauguin’s Titles.
Gauguin considère qu’en peinture, il y a une partie musicale : la composition des lignes et des couleurs et une partie littéraire : la création d’une histoire.
*What ! Are you jealous ? Aha oe Feii ?, 1892.

*Where are you going ? or Woman holding a fruit, 1893.

Room 10 : Teller of Tales
Salle où l’on voit des illustrations de Gauguin.
*Noa Noa : livre illustré par des gravures sur bois.
*Journal satirique : « le sourire »
* « Cahier pour Aline », constitué d’illustrations qu’il voulait que sa fille ait en sa possession.

Room 11 : Earthly Paradise         
*Two Tahitian women.

Citations :
« Vous n’êtes pas fou, je suis un grand artiste et je le sais ».
« Que font les maris généralement, en particulier les courtiers en bourse ? Le dimanche ils vont soit aux courses, ou au café, ou aux putes, les hommes ont besoin d’un minimum de distractions, autrement ils ne peuvent pas travailler et par ailleurs, c’est seulement la nature humaine ».
« Vous me dites que je m’éloigne du centre artistique ».
« Non, j’ai raison et je sais depuis longtemps ce que je fais et pourquoi ».
« Mon centre artistique est dans mon cerveau et nulle part ailleurs ».
Paul Gauguin, Lettre à sa femme Mette, Tahiti, 1892.


Commentaire : Un génie magnifique par l’agencement de ses couleurs, Gauguin pour moi, c'est ça. Des couleurs qui sont une ode à la beauté, à l’imaginaire, à la sensualité ; à la modernité.
Une peinture qui s’éloigne enfin du sempiternel clair-obscur chrétien pesant et lourd du passé (merci l’école baroque néerlandaise) du style Rembrandt, Le Caravage, etc. (ces génies n’ont pas besoin de moi pour qu’on se rue à leurs expositions). Au revoir la peinture dépressive chrétienne ! Bonjour le soleil dans les toiles de l’athée Gauguin !
Je suis en revanche très peu sensible au paradis perdu, venant moi-même d’une île et sachant pertinemment que le mythe exotique du XVIIIème siècle est quasiment perdu pour toujours ; il subsiste il est vrai dans quelques moments de grâce, rares et complètement atemporels. Mais revivre ce temps n’est pas un but personnel.

Je n'ai pas vu une toile que j'aime beaucoup, l'aurais-je ratee sans faire expres ??? 
(l'avais reproduite en tant qu'exercice en arts plastiques au collège, je crois)

Arearea, Joyeusetes, 1892.

lundi 27 décembre 2010

NATATION 22 : 1700 m, Dolphin Square Fitness Club, London (Pimlico)

Lundi 27 décembre 2010

Arrivée bassin : 13H07
Départ : 14h15
Durée : 1 heure et 8 minutes.
100 longueurs X 17 ou 18 m selon differents sites internet, le site mere ne l'indiquant pas du tout, on va dire : 17.

La première serie de 10 en brasse
La deuxième en crawl
La troisième en brasse
La quatrième en dos
La cinquième en brasse

La sixième en crawl
La septième en brasse
La huitième en dos
La neuvième en brasse
La dixième en dos

100 x 17 = 1700 m.

vendredi 24 décembre 2010

Expo l’Art brut japonais, la Halle Saint-Pierre, Metro Anvers, Montmartre, 18eme.


Vue le vendredi 24 decembre 2010.

Bon, déjà j’etais enervee parce que je devais y aller avec Tomoko, mon illustratrice, mais elle etait malade pour la enieme fois donc n’est pas venue. Le nom de l’expo m’avait attiree mais l’affiche ne me donnait pas envie : c’est donc a cause de Tomoko que je m’etais motivee au depart, pour y aller.
Mais il est vrai que par la suite  ma collegue Juliette, prof d’arts plastiques, m’en avait aussi dit beaucoup de bien, et  j’ai entendu une dame dire en sortant qu’elle avait trouve super l’expo et voulait savoir quand elle se finissait. Bref que d’a priori positifs.
Les rideaux de l’entrée passes, je decouvre avec etonnement qu’il s’agit d’art naïf style “un enfant peut le faire” et forcement je suis tres decue. Mais je suis en fait inculte et  ignorante, car la Halle Saint-Pierre, c’est LE musee d’art naïf Max Fourny de Paris ! Bref, c’est tout a fait normal !
Et lorsqu’on sait que les artistes de l’expo  frequentent des hopitaux pour handicaps mentaux, on a un autre regard, meme si on refuse d’adopter un regard plus indulgent face a l’Art, on a un oeil different.
Au premier etage, une “oeuvre” a retenu mon attention: “Le courage de penser”, helas, c’est plutot le titre qui allait super bien avec ce que j’avais vu, malheureusement je m’etais trompee d’oeuvre a regarder,,. Ce n’est pas que le titre n’allait plus avec la bonne oeuvre, c’est que je ne comprends pas le japonais, tandis qu’avec l’autre ce n’etait pas necessaire : c’etait un fax professionnel donc des caracteres imprimes de lettres et de chiffres qui ne veulent rien dire pour le commun des mortels (style reservation de places dans les avions) et par-dessus, il y avait une ecriture personnelle, beaucoup de kanjis (caracteres chinois lus en phonetique japonaise). J’avais adore, mais donc, il etait sans titre et de Moriya Kishaba. Mais ce n’etait pas le bon dessin a regarder donc. L’autre, le bon, etait constitue de nombreux kanjis aussi mais seulement de kanjis, de Ryoma Matsuda. L’art, s’il passe essentiellement par l’ecriture et qu’elle n’est pas traduite, ne peut etre universel. Triste constat. Sauf si on nous dit qu’il s’agit d’un nom ecrit a l’infini comme Ito Mineo :


Plus loin, l’oeuvre n’est pas sublime mais le concept interessant : un artiste peint des evenements importants de sa vie, en les commentant brievement par-dessus des feuilles de journaux qui constituent son support. Tres interessant comme journal intime pictural, j’adore. J’ai envie de faire pareil, franchement. Faudrait que je fasse gaffe aux journaux des jours importants et faire pareil et dire que c’est mon maitre : Yoshimitsu Tomizuka. (l'image ci-dessous n'etait pas a l'expo, mais c'est le meme genre).


Au deuxieme etage, “A la recherche du café que j’aimais” est une oeuvre peu interessante esthetiquement mais au titre genial composee de plusieurs tableaux tres colores qui font ressortir des tas de caracteres japonais peints en blanc : mon imagination me dit qu’il s’agit de noms de cafes en japonais (je pense aux etablissements, mais c’est peut-etre des types de café aussi). J’adore mon idée, toutefois une traduction aurait ete preferable, pour en etre sure. J’ai adore le titre de nouveau et ce que j’ai cru avoir compris de l’oeuvre. Je me dis qu’on pourrait faire un expo entiere sur ce theme proustien : “A la recherche de…” et inventer mille chose, notamment reinterpreter  cette oeuvre que j’ai peut-etre mal comprise, avec cette fois-ci un collage de photos de plusieurs cafes parisiens au nom les plus insolites que les autres. La meme chose pour les rues…J’adore cette idée. Si je le fais un jour (projet photographique possible), il faudra donc rendre hommage a Yoichi Sakuta.

J’ai note aussi la sobriete esthetique des “objets morts” (versus natures mortes) de Hanata Tsugumi, attaché aux ampoules apparemment et a l’inverse de la sobriete, un artiste qui a cree des etres-objets a partir d’assemblage de petits objets : boites en tous genres de la vie quotidienne, montres, peluches, poupees, stylos, etc. 

Hanata Tsugumi, deux ampoules nues, 2003.

Parmi tous les artistes exposes (63 exactement) deux ont a mon sens un art qui depasse clairement l’art naif : Marie Suzuki (2eme etage) qui represente des corps s’appretant a se mutiler aux ciseaux et aux titres tres noirs et Tsuji Yuji (1er etage) qui represente des paysages urbains avec une precision parfaite.

 Marie Suzuki, Tromperie a toute l'humanite.

 Tsuji Yuji, Ma ville vue de mon coeur, 2001.

J’aime les expos qui m’inspirent au final, peu importe si je n’ai pas trouve les oeuvres geniales ou sublimes, et c’est le cas de celle-ci, indeniablement. L’expo aux titres farfelus.

jeudi 23 décembre 2010

Tristes revanches, Yoko Ogawa, 1998 (JPN)


Tristes revanches, Yoko Ogawa, 1998.
**décevant.

Critique : aucune histoire ni émouvante ni marquante, une grosse déception par rapport à « La petite pièce hexagonale ». On reste dans le « vaguement triste », le vaguement mélancolique.
Trois nouvelles sortent du lot toutefois à mon sens : « Un après-midi à la pâtisserie » ; « Jus de fruit » et « L’homme qui vendait des corsets » dans la mesure où le narrateur est vraiment attaché à ce qu’il raconte ce qui rend la description du personnage tiers plus émouvante.
Une autre chose bien, c’est le détail dans une nouvelle qui fait référence à une autre nouvelle et du coup ça crée un lien soit pertinent, soit purement artificiel et donne une perspective cinématographique intéressante à l’ensemble.

Un après-midi à la pâtisserie : Une mère ne se remet pas du deuil de son fils âgé de six ans mort il y a douze ans dans un réfrigérateur. Elle va donc chaque année acheter deux fraisiers à la crème en laissant pourrir la part de son fils. En voyant la vendeuse absente pleurer de l’autre côté et sans en savoir la cause, elle se souvient de son fils et du jour où son mari l’a quittée. C’est une nouvelle qui donne furieusement envie d’un fraisier à la crème. C’est légèrement émouvant.

Jus de fruit : Une jeune collégienne demande à un jeune homme de l’accompagner à un déjeuner avec son père dont elle est la fille illégitime : sa mère va mourir et elle doit préparer son avenir, mais elle ne veut pas y aller seule. Son rôle est donc d’être l’escort boy du déjeuner.  Le repas à trois est une torture de blancs silencieux mais le narrateur lui-même à l’extérieur n’arrive pas à lui prodiguer des mots de réconfort. Ils trouvent tous les deux sur le chemin du retour une poste désaffectée avec des tonnes de kiwis à l’intérieur. Elle s’en gave à n’en plus finir, le jus des fruits faisant office de larmes. Des années plus tard, en apprenant la mort du père, il appelle la fille qui se met à beaucoup pleurer au téléphone : ce ne sont pas les larmes du présent mais du passé, celles que le jus des kiwis avait remplacées. C’est légèrement émouvant.

La vieille femme J. : C’est l’histoire la plus naze parce qu’a dû être écrite un milliard de fois. Une femme écrivain se fait envahir par une vieille voisine collante qui semble toute faible, toute petite et offre les légumes de son potager à tous ses voisins préférés de l’immeuble. Or cette femme a une force monumentale quand elle fait des massages. Ses nouvelles carottes sont en forme de main à cinq doigts. Elle passe dans le journal régional photographiée avec ses carottes extraordinaires en compagnie de la jeune femme écrivain, obligée de poser contre son gré. On apprend plus tard que la vieille dame avait tué son mari découvert enseveli sous le potager sans ses mains. C’est donc une « triste revanche », mais on ne sait pas de quoi.

L’esprit du sommeil : Un homme apprend la mort de sa mère adoptive entre ses dix et douze ans. Il se souvient alors d’elle et de leur sortie au zoo ensemble avec nostalgie. C’est une femme qui monologuait souvent, qui écrivait aussi, sans être publiée. Elle est morte sur son bureau dans la paranoïa qu’on lui vole ses manuscrits. La dernière photo qu’il trouve d’elle est en compagnie d’une vieille dame et d’une carotte à cinq doigts, le visage embarrassé. « L’esprit du sommeil » de Brahms est évoqué, mais je ne vois pas le rapport, ne connaissant pas le morceau en question, à écouter donc.

Blouses blanches : Une sous-secrétaire décrit le comportement de sa secrétaire en chef qui lui parle sans arrêt de son amant, un médecin universitaire marié, le professeur « Y » (apprendra t-on dans la nouvelle suivante). Elle l’admire physiquement et l’idéalise professionnellement beaucoup jusqu’au jour où cette dernière commet un impair et lui attribue l’erreur à son supérieur. A la fin, le mythe de la belle secrétaire parfaite disparaît puisqu’elle lui confie qu’elle a tué son amant, sa gorge, sa langue, organes responsables de ses mensonges. C’est une « triste revanche ».

Faufilage d’un cœur : l’Histoire d’une femme seule dont la seule passion qui lui permet de se sentir exister est la création de sacs originaux. Un jour elle rencontre une femme qui demande un sac pour transporter son cœur qui se trouve à l’extérieur de son corps. Elle travaille très dur sur ce sac en peau de phoque, mais la cliente lui annonce au dernier moment qu’elle va se faire opérer et qu’elle n’en a plus besoin. La créatrice au lieu d’être heureuse pour sa cliente qui vivait dans la souffrance en permanence, ne pense qu’à son sac sur lequel elle a passé des jours et des jours et qui ne servira plus à rien. Alors elle se rend à l’hôpital pour arracher le cœur de cette cliente avant même qu’elle n’ait pu se faire opérer. C’est une « triste revanche ».

Bienvenue au musée des supplices : C’est une apprentie coiffeuse de 18 ans qui agace son petit-ami parce qu’elle se réjouit à l’idée de passer à la télé témoigner sur la meurtrière du professeur Y, sa maîtresse. Elle est triste et se retrouve à l’entrée du musée des supplices dont le gardien lui explique le fonctionnement de chaque instrument de torture (deux essentiellement sont à retenir : celui de la goutte d’eau et de la coupe de cheveux un à un à cause de leur intermittence). Il lui explique que chaque instrument ayant servi est accepté dans le musée, comme par exemple ce sac en peau de phoque qui a servi à torturer un cœur. Comme elle est coiffeuse, elle a l’idée de se venger de son petit-ami qui est parti de chez elle en la laissant toute seule, avec le supplice de la coupe de cheveux un à un. C’est donc un projet de « triste revanche ».

L’homme qui vendait des corsets : Est le gardien du musée des supplices vu avec affection par son neveu. On apprend donc que c’était un petit escroc, un petit filou, un bon à rien, qui a fini mort écrasé par des tas d’objets inutiles. Légèrement émouvant car on sent l’affection sincère du neveu pour son oncle et vice versa.

Les derniers instants du tigre du Bengale : C’est la femme du professeur Y qui veut voir sa maîtresse, la secrétaire. Mais elle se perd et finit dans une villa où est en train de mourir un tigre dans les bras d’un vieillard (qui est le gardien du musée des supplices ; l’homme qui vendait des corsets). Elle les laisse tranquilles et reprend sa voiture. Sur le chemin du retour toutes les tomates qu’elle avait vues et écrasées avec les pneus de sa voiture à l’aller ont disparu du pont.

Les tomates et la pleine lune : Un journaliste trouve dans sa chambre d’hôtel, une inconnue et son chien. Elle ne va pas arrêter de le suivre partout. C’est la dame écrivain, c’est la maman adoptive du petit garçon de 10 à 12 ans, du zoo. Elle a ramassé des tomates sur le pont qu’avait fait tomber un camion et les a données au restaurant de l’hôtel. Elle porte toujours sur elle un paquet en le présentant comme un manuscrit précieux. Elle dit qu’elle a publié : « Un après-midi à la pâtisserie », mais il ne la reconnaît pas sur la photo de couverture. Il finit par s’habituer positivement à sa présence, mais elle disparaît soudainement en laissant le paquet si précieux : il l’ouvre et n’y trouve qu’une ramette de papier blanc, vierge.

Herbes vénéneuses : Une vieille dame qui donne son argent pour la bourse d’un jeune musicien le harcèle un peu moralement : elle en est amoureuse. Au point de lui interdire de se rendre à l’anniversaire de sa petite-amie, c’est la goutte et malgré son rendez-vous personnel annulé, il finit par ne plus vouloir de son argent et de ne plus la voir. Elle finit par mourir dans ou devant un réfrigérateur (pas très compréhensible) après avoir mangé des herbes vénéneuses (idem).

Offert par un amant un lundi de décembre 2010 devant ma porte sur mon paillasson.