Un blog pour se remuer les neurones et se secouer les fesses !
Un blog pour encourager tous ceux qui n'ont pas envie de se laisser aller avec non-garantie de succès, ni pour eux, ni pour moi-même. ;-)

samedi 20 novembre 2010

AS I LAY DYING, William Faulkner, 1930 (USA)

Lecture achevée le samedi 20 novembre 2010

As I lay dying (Tandis que j’agonise) William Faulkner, 1930 (US).

**Mon évaluation ne veut rien dire : je l’ai lu en anglais, or je ne suis pas bilingue : j’ai compris toute l’histoire, mais la poésie…non. Or l’intérêt chez Faulkner, ce n’est pas l’histoire, c’est le style.

L’histoire : Il s’agit d’une famille qui part de leur village paumé jusqu’à la ville pour enterrer la mère, décédée. Le voyage va durer neuf jours parce qu’ils vont rencontrer des obstacles. Durant ce périple, chaque personnage exprime ses pensées et on découvre les soucis de chacun.

Critique : Plusieurs petits suspenses créés par l’auteur qui motivent le lecteur,  à chaque fois récompensé quelques chapitres plus loin.
 Je suis parfaitement d’accord avec une lectrice qui écrivait à propos de ce livre qu’elle n’aimait pas ce qu’elle lisait, mais qu’elle voulait savoir la suite. Faulkner est comme ça, on veut toujours savoir la suite, parce qu’il arrive à créer du suspense à propos d’une histoire qui ne nous intéresse pas : trop fort.
 La fin est juste horrible et donne du sens au titre (qui vient de l'Illiade d'Homère).

Citations (en dialecte du Mississipi) :
« But I told her it wasn’t luck in it, because the Lord put roads for travelling ; why He laid them down flat on the earth. When He aims for something to be always a-moving. He makes it long ways, like a road or a horse or a wagon, but when He aims for something to stay put, He makes it up-and-down ways like a tree or a man. And so he never aimed for folks to live on a road, because which gets there first, I says, the road down by a house ? I says. No you never, I says, because it’s always men can’t rest till they gets the house set where everybody that passes in a wagon can spit in the doorway, keeping the folks restless and wanting to get up and go somewheres else when He aimed for them to stay put like a tree or a stand of corn. Because if He’d a aimed for man to be always a-moving and going somewheres else, wouldn’t He a put him longways on his belly, like a snake ? It stands to reason He would. » (Anse, le père), p. 30,31.
* Voilà, c’est à cause de ce paradoxe que j’arrive pas à me poser en douze ans de vie parisienne.

« When I was young I believed death to be a phenomenon of the body ; now I know it to be merely a function of the mind – and that of the minds of the ones who suffer the bereavement. The nihilist say it is the end ; the fundamentalists, the beginning (…) », (Peabody, le médecin), p.38-39.

« Now and then a fellow gets to think about it. Not often, though. Which is a good thing. For the Lord aimed for him to do and not to spend too much time thinking, because his brain it’s like a piece of machinery : it won’t stand a whole lot of racking. It’s best when it all runs along the same, doing the day’s work and not no one part used no more than neeedful.
I have said and I say again, that’s ever living thing the matter with Darl : he just thinks by himself too much. Cora’s right when she she says all he need is a wife to straighten him out. And when I think about that, I think that if nothing but being married will help a man, he’s durn nigh hopeless. But I reckon Cora’s right when she says the reason the Lord had to create women is because man don’t know his own good when he sees it ». (Tull) p, 64-65.

* Version moderne : je suis tout à fait d’accord avec l’anti-masturbation mentale nuisible à l’homme, mais au lieu de parler de mariage,  je parlerai de sexe et si possible d’Amour. Et moi non plus je ne sais pas ce qui est bon pour moi, j’ai peut-être besoin d’une femme aussi, je ne sais pas…
« I don’t know what I am. I don’t know if I am or not. Jewel know he is, because he does not know that he does not know whether he is or not. He cannot empty himself for sleep because he is not what he is and he is what he is not », (Darl, le fou de la famille), p.73

*« Je ne sais pas ce que je suis. Je ne sais pas si je suis ou non. Jewel sait qu’il est, parce qu’il ne sait pas qu’il ne sait pas s’il est ou non (ou : parce qu’il n’est pas conscient de savoir s’il peut être ou ne pas être). Il ne peut pas se vider lui-même pour dormir parce qu’il n’est pas ce qu’il est et il est ce qu’il n’est pas ».
* Voilà, Darl se prend la tête, sur lui-même et sur le frère qu’il jalouse, qui lui ne peut pas se prendre la tête puisqu’il est con, mais Darl a bien compris que Jewel ne correspondait pas à l’image qu’il donnait. Jewel est un mythe.

« My mother is a fish », (Vardaman, le plus jeune des enfants) p.76. Chapitre le plus court.

« I cannot love my mother because I have no mother. Jewel’s mother is a horse. » (Darl), p.86

« Nowhere in this sinful world can a honest, hard-working man profit. It takes them that runs the stores in the towns, doing no sweating, living off of them that sweats. It ain’t the hard-working man, the farmer. » (Anse), p.98
* Rien n’a changé.

« But they (women) make life hard on them not taking it as it comes up, like a man does » (Samson), p.105.
* Tout à fait vrai.

« You mean, the safe things are not always the best things ? (…) When something is new and hard and bright, there ought to be something a little better for it than just being safe, since the safe things are just the things that folks have been doing so long they have worn the edges off and there’s nothing to the doing of them that leaves a man to say, That was not done before and it cannot be done again. », (Darl et c’est Cash qui lui parle) p.118
* Ma philosophie, et je la paye super chère ma philosophie de vie…

« Because a fellow can see ever now and then that children have more sense than him. But he don’t like to admit it to them until they have beards. After they have a beard, they are too busy because they don’t know if they’ll ever quite make it back to where they were in sense before they was haired, so you don’t mind admitting then to folks are worrying about the same thing that ain’t worth the worry that you are yourself » (Tull à Vardaman), p.126-127
*Parfaite citation pour mon poème « Une barbe ». Parfaite, même si je comprends rien à la fin.

« I could just remember how my father used to say that the reason for living was to get ready to stay dead a long time », (Addie), p.157
* J’adore !!! C’est trop drôle. Impossible que Bukowski l’ait pas lu, il répète toujours la même chose, mais bon, c’est vrai que c’est quasiment une vérité générale, un peu pessimiste quoi.

« He had a word, too. Love, he called it. But I had been used to words for a long time. I knew that that word was like the others : just a shape to fill a lack ; that when the right time came you wouldn’t need a word for that any more than for pride or fear. » (Addie), p.160
* Magnifique : « just a shape to fill a lack », ma-gni-fique !

« (…) and that sin and love and fear are just sounds that people who never sinned nor loved nor feared have for what they never had and cannot have until they forget the words. » (Addie), p.162
« And then, life wasn’t made to be easy on folks : they wouldn’t ever have any reason to be good and die », (Moseley) p.191

« I don’t know if a little music ain’t about the nicest thing a fellow can have » (Cash), p.245
* Si, avec un bon livre et un bon plat et un bon amant. C’est pour ça que malgré ma résistance engagée, je craque finalement pour l’IPOD, parce que j’aime la musique et que je pense que j’en écoute pas assez. Mais j’aimerais le faire en courant. Du coup, j’envisage les super chaussures de sport, donc encore de la consommation…


Lexique :
Durn : Ce mot apparaît souvent. Je suppose qu’il veut dire « damned », mais je n’en suis pas sûre. Ah, c’est bon, j’ai la confirmation avec Open dictionnary en ligne, ça veut bien dire « damned ».
Bereavement : deuil, chagrin.
Racking : ? (métaphore filée avec la machine)
Tenement : immeuble ancien.

dimanche 14 novembre 2010

DISQUES DEMAQUILLANTS EN COTON EQUITABLE MAX HAVELAAR

Pour l'hygiène quotidienne, le démaquillage quotidien, dorénavant ce sera avec du coton équitable Max Havelaar, vendu tant à Casino qu'à Monoprix :
Moi j'ai acheté les 40 disques ovales, plus chers.
Mais les 60 ronds coûtent 1,30 euro.

Le café et le coton sont deux exemples de produits dont le monde Occidental ne pourrait se passer et qui proviennent tous deux de pays pauvres que nous exploitons allégrement à notre guise avec la complicité de leurs dirigeants corrompus gros et gras.
Ayons la décence de payer plus cher, plus justement les producteurs de ces pays pauvres, même si la marge de Max Havelaar est sans doute la même que les autres industriels.

Le paquet de disques de coton Demak'Up pour peaux sensibles qui me reste, ce sera pour le démaquillage exceptionnel de maquillage exceptionnel (me maquille très peu). Un paquet devrait suffire pour toute l'année.

"C'est comme ça et me faites pas chier" de Rodrigo Garcia, 13/11/10 Théâtre de Gennevilliers (92).


C’est comme ça et me faites pas chier : une pièce d’ex-concepteur rédacteur publicitaire faite et adaptée POUR les bourgeois, bravo Rodrigo Garcia !
Théâtre de Gennevilliers (Métro Gabriel Péri, ligne 13).  
Samedi 13 novembre 2010, 20h30.
Texte et mise en scène : Rodrigo Garcia.
Acteurs : une femme, un homme, un autre homme (musicien).
*Nul à chier. **Pour le texte.

CRITIQUE :
Comme d’habitude, oui, j’aime certaines phrases de Rodrigo Garcia (dont je suis une fan parisienne de la première heure, enfin depuis le Boucher espagnol), mais sa mise en scène je la trouve nulle à chier (sauf celle du Boucher espagnol, justement).
Explications :

C'est une pièce écrite pour les bourgeois, mais les bourgeois du début du siècle dernier, ça me paraît évident, clair et net.
1)       Il rappelle dans la notice de la pièce que son public est soit professionnel, amateur d’art ou bourgeois et que c’est un public de merde, ok mais…
Réponse à Rodrigo Garcia : Oui mais Rodrigo, cesse de ne travailler que pour ce public là, merde ! Cesse d’utiliser tous les ressorts « shoking » les plus faciles, les plus gratuits, les plus nuls pour scandaliser le bon goût de l’amateur d’art et la morale du bourgeois ! Tu te plains d’un public que tu privilégies puisque tu ADAPTES ta mise en scène à lui !!! Ouh ! Ouh !
Exemples : des scènes pornographiques d’accord, mais pourquoi ? le rapport avec le texte ? une femme nue d’accord, la mise en scène de la femme nue, très joli, d’accord, mais pourquoi ? le rapport avec le propos du texte ? Des crabes d’accord, mais pourquoi ? Des mises en scène de légumes parfaitement exécutées d’accord, mais pourquoi ? Tout est techniquement bien fait, mais tout est GRATUIT et moi j’aime PAS la gratuité, j’aime le nécessaire.

2)       L’ennui profond en découle et dû aussi à la sempiternelle méthode Rodrigo Garcia pour mettre en scène ses textes :
Il alterne systématiquement performances scéniques brutales qui n’ont rien à voir avec le texte (mais quand ça arrive et ça arrive, ça nous rend heureux), donc la plupart du temps gratuites et récit mou de son texte prononcé sur un ton monotone, sur un fond de musique monotone, tout monotone…
Quelquefois, l’acteur monotone pète un câble et s’excite soudainement (ce qui est arrivé ce soir par exemple). Mais qu’est-ce qu’on s’ennuie bordel, qu’est-ce qu’on s’ennuie !
Rodrigo Garcia dit dans la notice que puisque son texte est morbide, il faut bien rendre vivante la mise en scène.
En pratique ça donne : pendant qu’un acteur parle d’art sur un ton monocorde et monotone et dit sans doute des choses très profondes et intéressantes (pour avoir lu Rodrigo Garcia, je sais que cet auteur me touche, à défaut du metteur en scène) eh bien une femme (à poil ou non) s’excite à côté. Voilà, c’est du Rodrigo Garcia et à peu près toute la production contemporaine théâtrale…(déjà vu mille fois au Théâtre de la Colline, des pièces dont je n’ai jamais rien retenu, ni le titre, ni le contenu, ni rien, or Môsieur Garcia parle de « réinventer le théâtre », ah ! La bonne blague prétentieuse !).

Réponse : D’accord Rodrigo, mais pas en alternant les deux, bordel ! Pas en alternant vie/morbidité ; pas en alternant dynamisme/lenteur , pas comme ça, parce que ça fait chier le spectateur bordel !

3)       Rodrigo Garcia n’a pas joué sur scène à mon plus grand regret, moi qui m…ma petite culotte rien que de songer à son arrivée sur scène. Je le trouve beau Rodrigo Garcia, et je suis triste qu’il n’ait pas joué dans cette pièce.

Conclusion : Hier encore, je regardais la formation du CELSA en songeant à ma reconversion future et je me voyais déjà postuler à l’option « Communication publicitaire ». Mais depuis que je sais que Rodrigo Garcia est un ancien concepteur-rédacteur publicitaire (métier que j’ai déjà par ailleurs exercé  pour avoir hésité entre celui-ci et le mien) et qu’il fait des mises en scène pareilles, aussi gratuitement faciles, qui ressemblent davantage à des slogans publicitaires (oui parfaitement, des slogans) pour mettre en vitrine de façon désavantageuse, vulgaire et grotesque la profondeur et parfois le sublime de ses pensées, je me dis que non, je fais peut-être fausse route…parce que Rodrigo Garcia est un véritable artiste pour moi, mais il fait de la déformation professionnelle sur scène. Merci Rodrigo de me faire douter comme ça, pff.

Ah si ! un truc positif : cette pièce m’a donné envie d’apprendre à jouer de la batterie l’année prochaine !







samedi 13 novembre 2010

ソラニン SOLANINE de Takahiro Miki à partir du manga d'Inio Asano, 2010 (JAPON)


SOLANINE
Sortie : 3 avril 2010.

( JP ) Réalisateur : Takahiro Miki
Auteur du manga éponyme : Inio Asano
Durée : 02:06:00

****Emouvant. Ce n’est pas un film culte, ce n'est pas un chef d’œuvre esthétique mais c'est une histoire émouvante aux problématiques universelles (à mon sens) et très bien jouée, qui m'a fait pleurer pendant pratiquement deux heures.
Je ne comprends pas pourquoi on parle de jeunesse typiquement japonaise paumée à cause de la crise économique alors que ce que je viens de voir, je le vis à l’intérieur de ma propre chair et que je pense que c’est largement international.


L’histoire : Deux jeunes adultes ayant achevé leurs études universitaires vivent ensemble. Ils ne sont pas épanouis dans leur métier, purement alimentaire. Meiko (la fille) démissionne et cela déstabilise le couple, mais bientôt c’est Tanada (le garçon) qui démissionne à son tour.
Meiko n’a pas de passion dans la vie et lorsqu’elle démissionne, elle se met à jouer à la console de jeux toute la journée ou à faire du shopping.
Tanada, lui a une passion : la musique (le rock, yeah !) et encouragé par Meiko, il se met à achever un album de musique avec son groupe. Aussitôt l’enregistrement fini, ils envoient leur démo à toutes les grandes maisons de disques. Une grande maison leur répond, mais…
Je n’en dirai pas plus. Tout ce que je peux dire, c’est que ce film est vraiment touchant par son réalisme et incite à une vraie réflexion sur le sens de la vie et sur la place que l’on occupe sur Terre, une fois les études terminées... 



N.B. La solanine est une substance toxique de la pomme-de-terre. C'est le titre de la chanson la plus travaillée de Tanada dont j'ai mis les paroles à la fin.

Contexte : C’est le film qui a lancé le cycle « Rendez-vous avec le Japon » (tous les 2èmes samedis du mois) à la Pagode en ce samedi 13 novembre 2010, à 10h30. 

Il avait déjà été présenté une première fois lors du festival Paris-Cinéma mais n’a jamais été distribué en France dans toutes les salles, je ne sais pas pourquoi. Le manga s’est vendu à 500.000 exemplaires ce qui représente une faible vente (crise du Manga au Japon, les ventes baissent depuis la crise), mais le film a été placé en sixième position et le DVD dans les premières.
Sortie : 3 avril 2010. 



( JP ) Acteur : Yoichi Kondo
( JP ) Actrice : Aoi Miyazaki
( JP ) Actrice : Jun Miho
( JP ) Actrice : Miyako Yamaguchi
( JP ) Acteur : Kenta Kiritani
( JP ) Actrice : Ayumi Ito
( JP ) Studio : Asmik Ace Entertainment

Lyrics de la chanson Solanin :
English, Kanji, romaji

Solanin
Translation by Sato

Mistaken thoughts from beyond the sky
A life spent saying goodbye?
The little piece of the future I saw
Was waving goodbye

The small room I once lived in
Is now occupied by someone else
The horrible things I said to you
The days that were wasted

Perhaps if I'd taken that chance, if I could go back to that day
But I'll never be that person again

Even if that frail happiness
had somehow lingered on
A bad seed would surely have sprouted
So I guess this is goodbye

The cold cans of coffee from freezing winters
That long rainbow coloured scarf
I stroll through the back alley
It all comes back to me

Even if that frail happiness
had somehow lingered on
A bad seed would surely have sprouted
So I guess this is goodbye

I guess

Goodbye, that's enough
You can cope anywhere
Goodbye, I'll manage somehow too
Goodbye, that's what I'll do



ソラニン
Lyrics by Inio Asano

思い違いは空のかなた
さよならだけの人生か
ほんの少しの未来は見えたのに
さよならなんだ

昔住んでた小さな部屋は
今は他人が住んでんだ
君に言われたひどい言葉も
無駄な気がした毎日も

あの時こうしていれば あの日に戻れれば
あの頃の僕にはもう 戻れないよ

たとえばゆるい幸せが
だらっと続いたとする
きっと悪い種が芽を出して
もうさよならなんだ

寒い冬の冷えた缶コーヒーと
虹色の長いマフラーと
小走りで路地裏を抜けて
思い出してみる

たとえばゆるい幸せが
だらっと続いたとする
きっと悪い種が芽を出して
もうさよならなんだ

なんだ

さよなら それもいいさ
どこかで元気でやれよ
さよなら 僕もどーにかやるさ
さよなら そうするよ


Solanin
Romaji by Sato

omoi chigai wa
sora no kanata
sayonara dake no jinsei ka
hon no sukoshi no mirai wa mieta no ni
sayonara nanda

mukashi sundeta chiisa na heya wa
ima wa dareka ga sunden da
kimi ni iwareta hidoi kotoba mo
muda na ki ga shita mainichi mo

ano toki koushite ireba, ano hi ni modorereba
ano koro no boku ni wa mou, modorenai yo

tatoeba yurui shiawase ga
daratto tsuzuita to suru
kitto warui tane ga me wo dashite
mou sayonara nanda

samui fuyu no hieta kan koohii to
niji iro no nagai mafuraa to
kobashiri de rojiura wo nukete
omoidashite miru

tatoeba yurui shiawase ga
daratto tsuzuita to suru
kitto warui tane ga me wo dashite
mou sayonara nanda

nanda

sayonara, sore mo ii sa
doko ka de genki de yare yo
sayonara, boku mo doo ni ka yaru sa
sayonara, sou suru yo


PS : J'ai foncé à Paris Store après acheter de la sauce au curry japonaise, deux hauts de cuisse et j'avais déjà préparé des pommes-de-terre et des carottes bouillies la veille, avec du riz, de la ciboulette séchée et de l'arôme Maggi, et voilà, c'était bon et ça m'a consolée.









Musique :

http://www.torrents.net/torrent/449102/Asian-Kung-Fu-Generation---Magic-Disc/

vendredi 12 novembre 2010

DIEU QU'ILS ETAIENT LOURDS, LF Céline, Théâtre du Lucernaire (6ème)


Dieu qu’ils étaient lourds.
Théâtre du Lucernaire, 53 rue Notre-Dame des Champs
Le vendredi 12 novembre 2010 à 19 heures.
Auteur : Louis-Ferdinand Céline (à partir d’archives d’entretiens radiophoniques).
Conception/adaptation/mise en scène Ludovic Longelin
Avec : Marc-Henri Lamande et, en alternance, Ludovic Longelin et Régis Bourgade
Durée : 1h08
***Très bien.

Ce qu’on retiendra la pièce c’est ce qu’on savait déjà de Céline : il disait qu’il détestait les idées (« Les philosophes en font une industrie »), les histoires, et il n’avait qu’un seul mot à la bouche : le style. Mais aussi la technique, le travail. Le style au service de l’émotion à travers le lyrisme (le lyrisme, c’est l’expression des émotions personnelles). Son style : « Des émotions parlées à l’écrit ». Il a renouvelé l’écrit par son style oral.

Céline rappelle que le lyrisme en France est dénigré en faveur d’un style académique établi fait pour le baccalauréat, la licence, l’Académie. Autrement dit la norme.
Il revendiquait la valeur du travail, son travail, sa peine laborieuse à faire surgir des phrases de l’émotion.

Pourtant, il prétendait n’avoir que faire des lecteurs, dont il espérait seulement qu’ils achètent ses livres. En ses lecteurs, ils ne voient que de potentiels acheteurs.

Dès le début de la pièce, d’ailleurs, on lui demande se définir par un mot, il répond qu’une belle machine peut être fait par un type totalement mauvais, aux mille problèmes, peut-être pédéraste, mais qu’il s’en fout du type qui l’a fait, la machine, c’est la beauté de la machine qui compte.
Dès le début et depuis toujours, il se dénigre sa sensibilité humaine, il SE dénigre en tant qu’être humain sensible.

Quel paradoxe pour un homme qui revendiquait travailler pour unique objet principal l’émotion ! L’émotion, pour vendre simplement, donc, et on devrait avaler ça. Impossible. Je dis que c’est impossible.
Ce discours sempiternel de dissocier homme/œuvre, ce discours de Marcel Proust contre Sainte-Beuve, que Céline lui-même approuve, je dis NON.

Je dis que Céline était profondément sensible et qu’il ne le savait pas lui-même. Je ne jouerai pas son jeu conscient ou inconscient. Je dis que c’est un discours d’auto-protection, parce qu’il est un homme, et un homme ne dit pas qu’il est sensible et que ça le fait tellement plus de faire le génie sans cœur capable de faire pleurer les gens. Pourtant son côté féminin, il l’assume, sa sensibilité, elle est dans son pseudonyme même : le prénom de sa grand-mère…

Alors au diable les grands discours de Céline sur sa prétendue insensibilité humaine et lisez son merveilleux Voyage au bout de la nuit (le plus humaniste de tous les livres : j’en pleure encore rien qu’en y pensant), sachez quelques-uns de ses actes humanistes et humanitaires en tant que médecin dans la vraie vie et pas seulement ses discours antisémites ou antihumanistes, ses lettres à sa femme envoyées de sa prison au Danemark.

On ne peut pas inventer l’émotion froidement comme un pur artisan, comme pour un objet. Et pourtant c’est le discours dont nous martèle Céline : il n’était qu’un simple artisan, et son matériau, c’était l’émotion.

Il dit n’avoir pas connu de grand bonheur autre que le travail, mais en revanche beaucoup de malheurs.
Il ne buvait que de l’eau, ne fumait pas, « voyeur » plutôt que consommateur.

L’acteur qui a eu droit à quatre rappels, est excellent. Mais bien sûr que c’est Céline qu’on applaudit aussi, en même temps. Céline est le cliché du grand bourru au grand cœur et l’acteur sait jouer ce personnage. Je l’aime de tout mon cœur avec toutes les conneries les plus horribles qu’il ait dites, parce que tout le monde dit et fait des conneries, merde, dans un contexte historique donné. Il faut arrêter d’idéaliser la France qui était aussi constituée de vichystes pour la paix et de collabos que de résistants contre l’Allemagne. Merde.  Céline condamné à mort pour ses « idées », ça s’appelle un bouc-émissaire pour se donner bonne conscience rétrospectivement et ça, ça m’écœure.

Je dis aussi que Michel Houellebecq (qui vient de gagner le Prix Goncourt et s'en émeut), c’est de la merde. Que Les Particules élémentaires, je l’ai lu à sa sortie et que ça s’appelle un DIVERTISSEMENT littéraire SYMPATHIQUE. Mais en aucun cas une empreinte stylistique dans le temps. Que Céline fait bien de rappeler qu’il n’y a que deux ou trois auteurs par génération qui marquent leur temps par leur style. Je pense à William Faulkner pour le XXème siècle, Proust.

Qu’il fait bien de dire qu’il fait exprès de travailler aussi durement son style afin de dégoûter les lecteurs de tout ce qu’ils liront après, parce que c’est VRAI. Bordel, c’est trop vrai et ça fait trop chier. Non seulement, c’est très dur d’être satisfait ensuite par un autre auteur, mais en plus soi-même, on ne peut pas écrire !
Il faudra vraiment un jour que je me rende sur sa tombe à Meudon pour lui déclarer mon amour et ma haine de ne jamais pouvoir lui ressembler… stylistiquement parlant.


vendredi 5 novembre 2010

LE BRUIT ET LA FUREUR DE WILLIAM FAULKNER, 1929 (USA).



LE BRUIT ET LA FUREUR DE WILLIAM FAULKNER, 1929.

*****Chef-d’œuvre, sublime, cri au génie poétique.

Enfin un roman digne de ce nom, hélas qui date de 1929. C’est grave. Cela ne m’étonne pas que dans Pulp, roman de gare, Bukowski imagine Céline cherchant comme un fou un exemplaire de Tandis que j’agonise de Faulkner.


L’histoire : l’histoire n’est pas vraiment ce qui compte et si je vous la racontais, cela détruirait tous les effets de narration, qui eux, sont subversifs. Les thèmes : la famille, la malédiction familiale (style les Atride de l’Antiquité) ; le poids familial.
Il s’agit d’un roman révolutionnaire dans sa narration, donc. Une chose est sûre : je n'y aurais jamais rien compris en anglais !

1)    Le passé et le présent se mêlent dès le premier chapitre sans moyen de les différencier hormis des incohérences temporelles.
Ensuite il faut bien faire attention aux titres de chapitres : Sept avril 1928 ; Deux juin 1910 ; Six Avril 1928 ; Huit avril 1928.
Mais le premier chapitre comportant déjà les deux périodes, c’est déjà très difficile…

2)    Mais le pire, ce sont les noms et le SEXE des personnages qui embrouillent définitivement le lecteur qui se dit, que non, ce n’est pas possible que Gallimard ait autant laissé de fautes d’accords masculin/féminin.
[Je m’étais accrochée à ce roman sans Sira, mais en me disant que la suite en valait vraiment la peine, elle m’a donné deux fois plus de courage, GRACIAS Sira !]

Exemples : Le père s’appelle Jason. La mère Caroline. Les enfants s’appellent Maury, Candace dite Caddy, Quentin et Jason. Mais Maury a un nouveau nom : Benjamin, dit Benjy. Or un drame ayant eu lieu, un enfant de sexe féminin est baptisée…Quentin.  Et l’oncle, le frère de Caroline, s’appelle l’Oncle Maury.
Imaginez le bordel dans les pronoms : « Il » « elle » pour Quentin. Un coup, c’est un homme ; un coup, c’est une fille. Imaginez le bordel aussi pour « Jason » : un coup, c’est le père ; un coup, c’est le fils ; un coup c’est un oncle, lui aussi.
Le but de tout ça ? Nous faire comprendre le poids de l’hérédité, de la transmission de la malédiction, par le sang, mais aussi par le nom.

3)    Tandis que je cherche à écrire des vers poétiques en suant comme une malade pour ne parvenir qu’à des mièvreries incroyables, Faulkner déverse des fragments poétiques comme des coups de poignard ici et là dans les deux premiers chapitres. Je le hais. Je l’admire profondément.

4)    Chaque chapitre correspond à un point de vue différent à la première personne (appelé "stream of consciousness" in english) : le premier à Benjy qui mélange le passé et le présent donc (parce qu’il est « fou ») ; le deuxième à Quentin ; le troisième à Jason fils et le quatrième au narrateur omniscient qui utilise le style indirect libre pour Disley, la gouvernante noire, donc la troisième personne.

Bien sûr, ils sont tous différents : Benjy est le plus poétique (il est fou) ; Quentin lui aussi (la passion, l’intelligence) ; Jason donne beaucoup de repos au lecteur car pour la première fois on peut tout comprendre clairement, abruptement, vulgairement : aucune poésie, ce qui correspond à l’absence de richesse émotionnelle du personnage, à son prosaïsme, à la vulgarité de ses pensées, à sa laideur d’âme ; enfin Disley a droit elle aussi à une narration facile, mais cela correspond à sa noblesse d’âme, sa gentillesse, sa tendresse, sa simplicité et encore, c’est au style indirect libre, donc une narration complexe.

5)    Enfin, cela se passe au Sud des États-Unis à une époque où le rapport entre Blancs et Noirs est ce que l'on sait et un thème omniprésent du roman où points de vue racistes se mêlent à des points de vue humanistes forts.

CITATIONS :
« C’était la montre de grand-père et, en me la donnant, mon père m’avait dit : Quentin, je te donne le mausolée de tout espoir et de tout désir. Il est plus que douloureusement probable que tu l’emploieras pour obtenir le reducto absurdum de toute expérience humaine, et tes besoins ne s’en trouveront pas plus satisfaits que ne le furent les siens ou ceux de son père. Je te le donne, non pour que tu te rappelles le temps, mais pour que tu puisses l’oublier parfois pour un instant, pour éviter que tu ne t’essouffles en essayant de le conquérir. Parce que, dit-il, les batailles ne se gagnent jamais. On ne les livre même pas. Le champ de bataille ne fait que révéler à l’homme sa folie et son désespoir, et la victoire n’est jamais que l’illusion des philosophes et des sots. », p. 99 (Quentin)

« Papa m’a dit qu’autrefois on reconnaissait un gentleman à ses livres mais qu’aujourd’hui on le reconnaît aux livres qu’il n’a pas rendus », p.105 (Quentin)

« Père et moi nous protégeons les femmes contre leurs semblables contre elles-mêmes nos femmes c’est ainsi que sont les femmes elles n’apprennent pas à nous connaître pour la simple raison qu’elles sont nées avec un pouvoir pratique de soupçonner si fertile qu’à tout instant il en croît une véritable récolte de soupçons fondés du reste pour la plupart elles ont l’instinct du mal le talent de suppléer au mal ce qui lui manque de s’en enrouler instinctivement comme on s’enroule la nuit dans ses couvertures fertilisant leur esprit à cet effet jusqu’à ce que le mal ait atteint son but qu’il existe ou non », p.123 (Quentin)

« Mon père dit qu’un homme est la somme de ses propres malheurs. On pourrait penser que le malheur finirait un jour par se lasser, mais alors, c’est le temps qui devient votre malheur, dit papa. (…) On emporte le symbole de sa frustration dans l’éternité. Alors les ailes sont plus grandes, dit papa, mais qui sait jouer de la harpe ? », p.132 (Quentin)
Allusion au mythe d’Orphée, dieu de la poésie, qui n’a pas pu s’empêcher de regarder sa belle ce qui l’a condamnée à mourir aux Enfers.

« Et elle est assise là à nous raconter devant tout le monde combien il était dommage que Gerald eût pris toute la beauté de la famille parce qu’un homme n’en a pas besoin est même plus heureux sans ça tandis qu’une femme qui en est dépourvue est perdue tout simplement. », p.133 (Quentin)

« Et mon père m’a dit c’est parce que tu es vierge tu comprends. Les femmes ne sont jamais vierges. La pureté est un état négatif et par suite contre nature. C’est la nature qui te fait souffrir et non pas Caddy et j’ai dit Ce ne sont que des mots et il m’a dit la virginité aussi et j’ai dit vous ne savez pas. Vous ne pouvez pas savoir et il a dit Si. Une fois que nous sommes arrivés à nous rendre compte de cela la tragédie perd bien de sa valeur », p.145 (Quentin)
Quand on comprend que c’est le désir sexuel de posséder l’Autre qui nous anime, la tragédie perd en effet toute sa valeur mais ne nous empêche pas de souffrir tout autant…

« Quand on laisse une feuille longtemps dans l’eau le tissu disparaît et les fibres délicates ondulent lentement comme le mouvement du sommeil. Elles ne se touchent pas, peu importe à quel point elles étaient emmêlées autrefois, combien près elles se trouvaient du squelette. », p.145 (Quentin)
La première phrase ressemble à un poème japonais.

« Jamais pensé à autre chose je ne peux même pas pleurer je suis morte l’an dernier je te l’ai dit mais je ne savais pas alors ce que je voulais dire je ne savais pas ce que je disais », p.153 (Caddy)

« L’homme, somme de ses expériences climatériques, disait papa. Homme somme de tout ce que vous voudrez. Problème sur les propriétés impures qui se déroule fastidieusement jusqu’en un néant invariable. Désir et poussière : situation du joueur pat. », p.153 (Quentin)
Pas étonnant que Sartre ait commenté Faulkner.
Climatérique : née de la vie humaine multiple de 7 ou de 9, en partic. la 49e, la 81e et la 63e] Critique. Année climatérique.
Quatre-vingt-un, ou neuf multiplié par lui-même, est le nombre de la grande climatérique; tout homme qui aime l'ordre doit mourir à cet âge, et Denis d'Héraclée donna en cela un grand exemple au monde.
SENANCOUR, Obermann, t. 2, 1840, p. 14.
Constituant un moment important, où il survient de grands changements. Époque, heure, tempête climatérique. (source : TLF)


« Elle avait l’air d’une bibliothécaire. De quelque chose qui vit parmi des rayons poussiéreux de certitudes ordonnées, divorcées depuis longtemps avec la réalité, se desséchant paisiblement comme si un souffle de cet air qui voit l’injustice accomplie », p.155 (Quentin parlant de la boulangère)

« Parce que les femmes si délicates, si mystérieuses, disait papa. Délicat équilibre d’ordure périodique entre deux lunes en suspens. Lunes disait-il pleines et jaunes comme des lunes de poissons ses hanches ses cuisses. Hors d’elles toujours mais. Jaunes. Comme des plantes de pieds jaunies par la marche. Puis savoir qu’un homme que toutes ces mystérieuses et impérieuses cachaient. Que toutes ces choses internes modèlent une suavité externe qui n’attend qu’un contact pour. Putréfaction liquide comme un flottement de choses noyées, comme du caoutchouc pâle empli et flasque avec l’odeur du chèvrefeuille, le tout mêlé », p.158-159 (Quentin)
Façon poétique de dire que les femmes, derrière leurs airs, ne sont que le mal incarné, la tentation du désir sexuel qui conduit à la mort. Il est pasteur, le père.

« est-ce que tu l’aimes
Sa main avança je ne bougeais pas elle descendait le long de mon bras et elle posa ma main à plat sur sa poitrine là où le cœur battait
non non »
p.182-183 (Quentin)
« tu n’as jamais fait cela n’est-ce pas
fait quoi
ce que j’ai fait
si si bien des fois avec bien des femmes
Puis je me suis mis à pleurer sa main me toucha de nouveau et je pleurais contre sa blouse humide… », 183 (Quentin)
Ce que j’aime dans ces passage c’est de voir l’universalité éclatante dans l’amour, la jalousie, la passion, j’adore.

« dans les bois les petites grenouilles chantaient sentant la pluie dans l’air on eût dit des petites boîtes à musique dures à tourner et le chèvrefeuille », p.187

« l’aimes-tu maintenant
respiration lente comme une respiration lointaine
Caddy l’aimes-tu maintenant
je ne sais pas
hors de la lumière grise les ombres des choses comme des choses mortes dans de l’eau stagnante
je voudrais que tu sois morte
vraiment alors tu rentres
penses-tu à lui en ce moment
je ne sais pas
dis-moi à quoi penses-tu dis-moi
assez assez Quentin
(…)
je te tuerai tu m’entends
(…)
je ne pleure pas est-ce que tu prétends que je pleure
non chut maintenant nous réveillerons Benjy
rentre maintenant rentre
je suis ne pleure pas je suis une fille perdue de toute façon tu n’y peux rien », p.189-190 (Quentin)

« C’est ainsi qu’ils pénètrent dans la vie des Blancs, en infiltrations noires, soudaines et aiguës qui isolent un instant, comme sous un microscope, les faits des existences blanches et en dégagent les vérités indiscutables ; le reste du temps, des voix seulement, qui rient là où nous ne voyons rien de risible, des larmes sans raison de pleurer. », p.204 (Quentin à partir de Disley, sur les Noirs en général).

« (…) la montre sur la table noire disait son mensonge furieux », p.208 (Quentin)

« Vendons le pré de Benjy afin que Quentin puisse aller à Harvard que je puisse éternellement entrechoquer mes os. Je serai mort dans. (…) j’ai vendu le pré de Benjy et je puis être mort à Harvard (…) parce que Harvard sonne si joliment à l’oreille quarante hectares ça n’est pas trop cher pour un si joli son. Un joli son mort. », p.208 (Quentin)

« (…) lui qui entretenait si chaudement la croyance de son père en l’origine céleste de sa race alors maman pleurait et disait que papa se considérait comme d’une essence supérieure à la sienne et qu’il tournait l’oncle Maury en ridicule pour nous faire partager ses vues elle ne pouvait pas comprendre que papa nous enseignait que les hommes ne sont que des poupées bourrées de son puisé au tas de détritus où ont été jetées toutes les poupées du passé le son s’écoulant de blessures dans des flancs qui n’avaient pas souffert la mort pour moi. », p.210 (Quentin)

« (…) si les gens pouvaient toujours s’interchanger comme ça émerger quelques secondes comme une flamme tourbillonnante puis proprement s’éteindre dans la fraîcheur de la nuit éternelle (…) », p.210  (Quentin)

« Rien qu’en imaginant le bouquet d’arbres il me semblait entendre des murmures des désirs secrets sentir le battement du sang chaud sous des chairs sauvages et offertes regarder contre des paupières rougies les porcs lâchés par couples se précipiter accouplés dans la mer (…) », p.210 (Quentin)
(Légendes grecques Eubée le porchée/ Pluton séduit Perséphone et les couples de porcs les suivent dans la mer)

« L’homme est l’arbitre de ses propres vertus le fait qu’on estime un acte courageux ou non est plus important que l’acte lui-même qu’aucun acte sans quoi on ne pourrait jamais être sincère (…) tu désirais sublimer une chose horrible un peu de la folie naturelle aux humains et puis l’exorciser au moyen de la vérité (…) tu ne peux pas supporter la pensée qu’un jour tu ne souffriras plus comme ça maintenant  nous arrivons au point tu sembles ne voir en tout cela qu’une aventure qui te fera blanchir les cheveux en une nuit si j’ose dire sans modifier en rien ton apparence tu ne le feras pas dans ces conditions-là ce sera une chance à courir et ce qu’il y a d’étrange c’est que l’homme conçu accidentellement et dont chaque respiration n’est qu’un nouveau coup de dés truqués à son désavantage ne veut pas affronter cette étape finale qu’il sait d’avance avoir à affronter sans essayer d’abord des expédients qui vont de la violence aux chicaneries mesquines expédients qui ne tromperaient pas un enfant et un beau jour poussé à bout par le dégoût il risque tout sur une carte retournée à l’aveuglette un homme ne fait jamais cela sous la première impulsion du désespoir du remords ou du deuil il ne fait qu’après avoir compris que même le désespoir le remords et le deuil n’ont pas grande importance pour le sombre jeteur de dés et moi temporaire et lui on croit difficilement qu’un amour un chagrin ne sont que des obligations achetées sans motif ultérieur et qui viennent à terme qu’on le désire ou non et sont remboursées sans avis préalable pour être remplacées par l’emprunt quel qu’il soit que les dieux se trouvent lancer à ce moment-là non tu ne feras pas cela avant d’avoir compris que même elle ne valait peut-être pas un si grand désespoir (…) »,p. 211-212 (Quentin avec son père).

« (…) il faudra te rappeler que t’envoyer à harvard a été le rêve de ta mère depuis le jour de ta naissance et un compson n’a jamais désappointé une dame », p. 212-213 (Quentin : son père)

« temporaire (…) le plus triste de tous les mots il n’y a rien d’autre en ce monde ce n’est pas le désespoir jusqu’à ce que le temps ce n’est même pas le temps jusqu’à ce qu’on puisse dire était », p.213
Voilà le drame de ma vie : le temporaire. La mortalité des émotions. La mort des Amitiés et des Amours les plus profonds et les plus sincères.

« Tu es le seul qui ne me sois pas un reproche », p.218 (Jason : sa mère à lui)

« Le coton est une culture de spéculation. On bourre le crâne des fermiers pour les pousser à faire une grosse récolte uniquement afin de la jouer sur le marché et empiler les gogos. Vous figurez-vous que les fermiers en retirent autre chose que des coups de soleil sur la nuque et une bosse dans le dos ? Vous croyez que l’homme qui sue pour le mettre en terre en retire plus que le minimum dont il a besoin pour vivre ? Qu’il fasse une grosse récolte, elle ne vaudra pas la peine d’être cueillie ; qu’il en fasse une petite, il n’aura pas de quoi égrener. Et pourquoi ? pour qu’un tas de sales Juifs de l’Est. Je ne parle pas des hommes de religion juive, dis-je. J’ai connu des Juifs qui étaient de très bons citoyens. (…)
Ceux dont je parle, c’est les types qui sont là-bas, à New-York, à tâcher d’empiler les pauvres bougres qui sont assez poires pour spéculer.
- C’est vrai, le jeu, ça ne rapporte jamais rien au pauvre monde. Ça devrait être interdit par la loi.
- Vous ne trouvez pas que j’ai raison ? dis-je.
- Si, dit-il. Il me semble bien que vous avez raison. C’est toujours le fermier qui trinque. », p.229-230 (Jason)

« Je ne promets jamais rien à une femme, pas plus que je ne lui dis ce que je compte lui donner. C’est la seule façon de s’en aider. Toujours les maintenir dans l’incertitude ? Et si on n’a pas d’autre surprise à leur offrir, on leur fout son poing sur la gueule. », p.232 (Jason)

« (…) à Harvard on vous enseigne comment aller nager la nuit sans savoir nager, et à Sewanee on ne vous enseigne même pas ce que c’est que l’eau. », p.234 (Jason)

« Vous êtes un homme dur, Jason, si même vous êtes un homme, dit-elle. Je remercie le Seigneur de m’avoir donné plus de cœur qu’à vous, quand même c’est un cœur noir. », p.248 (Disley à Jason)

« (…) Et puis, tu peux leur dire qu’au Bon Dieu ça lui est bien égal qu’il soit intelligent ou non. Faut être de la racaille de Blancs pour se préoccuper de ça. », p.340 (Disley en parlant de Benjy qu’elle a emmené à l’Eglise des Noirs qui n’en veulent pas).

lundi 1 novembre 2010

PULP de Charles Bukowski, 1994 (USA)


Pulp de Charles Bukowski, 1994.

**On peut s’en passer : je le vends d'occasion à 2 euros 50 (Editions Livre de Poche).

Entre le roman de gare et  le roman policier en passant par le fantastique, avec néanmoins ici et là quelques phrases fulgurantes, intelligentes et drôles.
Ce n’est clairement pas le livre du siècle, mais c’est écrit par quelqu’un qui sait écrire et c’est le dernier livre de Bukowski.
Je l'ai acheté parce que ce livre fait référence à Céline comme le plus grand écrivain français et comme je partage cette opinion, hélas, encore au 21ème siècle...Je voulais savoir ce qui en était dit.
En fait pas grand-chose, mais quelques traits stylistiques, l'ironie humoristique et un thème omniprésent : la mort.

L’histoire : Nick Brelane est détective privé. C’est un raté qui passe son temps à boire, manger gras et jouer aux courses. Il doit s’occuper de plusieurs affaires qui le dépassent :

- La Grande Faucheuse (la mort) lui demande de trouver Céline, le plus grand écrivain français », auteur qui pourtant selon l’encyclopédie, est déjà mort.

- John Barton (qui l’a recommandé à la Grande Faucheuse) lui demande de trouver le Moineau Ecarlate.

- Jack Bass (un civil), lui demande de prendre sa femme, Cindy, en flagrant délit d’adultère.

- Groovers (un employé des pompes funèbres) lui demande de le débarrasser de Jeanine Nitro, un monstre venu de l’espace qui lui fait faire tout ce qu’elle veut. Jeanine est en fait un serpent monstrueux qui fait de Brelane leur complice pour conquérir la Terre.

II fait n’importe quoi (joue aux courses et boit) voire rien du tout. Mais la chance lui sourit :
- Il fait rencontrer Céline et la Grande Faucheuse qui... Affaire classée.
- Il surprend avec sa caméra Cindy avec un homme qui se trouve être un des six extra-terrestres venus conquérir la planète. Jeanine le surprend. Cindy le voit en serpent et accepte de ne plus tromper son mari à condition que Brelane ne montre pas la vidéo. Affaire classée.
- Jeanine annonce à Brelane que ses compagnons et elle ont décidé de ne plus conquérir la planète : trop polluée, trop haineuse, trop violente. Elle n’embêtera donc plus Groovers (qu’elle aimait bien pour s’amuser). Affaire classée.
- Pour le Moineau Ecarlate, ça sera aussi une affaire classée mais je laisse le lecteur découvrir.

Citations :

« L’homme est né pour mourir. Impossible de nier l’évidence. On se rattrape à tout ce qui passe et on attend. On attend le dernier métro. On attend une paire de gros nibards dans une chambre d’hôtel, une nuit d’août à Las Vegas. On attend que les poules aient des dents. On attend que le soleil baise la lune. Et en attendant on se raccroche à n’importe quoi. », p.14
« C’est bien le premier taxi que je voyais sur cette partie d’Hollywood Boulevard. Je veux dire vide et cherchant le client », p.17

« Ma vie avait-elle encore un sens ? Je n’existe que si je poursuis un but, que si les lumières scintillent, que si je suis fasciné, que si je succombe à la tentation », p.39

« Ce n’était pas mon jour. Ni ma semaine. Et encore moins mon mois. Pas davantage mon année. Ni ma vie. », p.52

«-  Mais c’est un pigeon mort !
- Pas du tout, dit-il. C’est le Moineau Ecarlate. », p. 62 (Me touche car j’ai écrit un poème et un court-métrage intitulés « Le Pigeon mort ».

« Toute notre vie, on attend. Que ça passe ou ça casse. On fait la queue pour acheter du papier cul. Pour encaisser un chèque. Et quand on est sans un, on fait tout de même la queue. Plus longtemps encore. On attend le sommeil et on attend le réveil. Même topo pour le mariage et le divorce. On attend la pluie et on attend qu’elle cesse. On attend l’heure de passer à table puis d’y retourner. On attend chez le psychiatre au milieu d’une bande de psychotiques, tout en se demandant si l’on n’en est pas un, soi-même. », p. 90

« Les hommes se nourrissent d’illusions », p.95

« On pouvait d’ailleurs en déduire une théorie. Dans la vie, ne gagnent que ceux qui s’entêtent et auxquels la chance sourit. D’autant que, plus vous tenez ferme sur vos positions, et plus la chance peut se montrer bonne fille. Mais la plupart des humains lèvent le pied et échouent. », p.103

« Il y a toujours quelqu’un pour vous gâcher le moment présent, voire votre vie », p.104

« Au grand jeu de la vie, jamais je ne gagnerais. », p.106

« T’as le profil idéal du collabo. T’es crédule, égocentrique et dépourvu de tout caractère. », p.110

« Mais je n’ai plus vingt ans. Le matin, lorsque je me réveille, je suis aussi crevé que le soir en me couchant. Le meilleur est derrière moi. », p 130

« Pourquoi n’étais-je pas aux fourneaux d’un coffee shop en train de préparer des œufs brouillés, sans autre souci que de vouloir les réussir ? Pourquoi n’étais-je pas une mouche taquinant le poignet d’un inconnu, avide de sa sueur et de son indifférence ? Pourquoi n’étais-je pas un coq dans un poulailler, à bouffer tout ce qui brille ? Hein, pourquoi ? Pourq… ? », p.134

« - Qu’y a-t-il de si affreux sur cette…Terre ?
- Chacune de ses composantes. Le smog, par exemple, mais aussi son taux de criminalité, l’air empoisonné, les eaux polluées, la nourriture cancérigène…Mais encore la haine, le désespoir….La seule chose de belle sur votre planète, ce sont les animaux, contre lesquels vous vous acharnez, et qui bientôt auront tous disparu, excepté les rats apprivoisés et les chevaux des champs de courses. Ça m’attriste, mais ça m’explique aussi pourquoi tu bois tant. », p.136

« J’avais eu beau déménager pas mal de fois, je n’avais jamais dormi sous les ponts. (…) Ce ne sont pas des détraqués, c’est la sacro-sainte productivité qui les a mis sur la touche. Voilà ce qui les a changés, et qui la obligés à cette sinistre métamorphose. D’où j’en déduis que dormir dans un lit est déjà en soi une grande victoire sur les puissants. Et même si j’ai dû, à plus d’une reprise, me dénicher un toit en urgence, j’ai été plutôt verni. », p.137

« (…) et dans ses yeux, je ne découvris que futilité et lacune. », p.145

« (…) bien décidé à ne pas allumer cette saleté de télé. Car la regarder en étant au plus bas ne fait que vous enfoncer un peu plus. Qui peut en effet supporter cette interminable succession de gueules enfarinées, ce lugubre défilé de tocards, dont certains font pâmer le pays tout entier ? Invariablement, les comédiens sont à chier et les dramatiques bêtes à manger du foin. Dans ces conditions, pourquoi ouvrir la télé quand on peut ouvrir une bouteille ? Hein, pourquoi ? », p.153

« Lorsqu’on était aussi nullard que moi, on méritait que des coups de pied au cul. Mon paternel m’avait prévenu : « Quitte à choisir un métier, choisis-en un où l’on pique l’oseille pour ne plus la rendre. Sois banquier ou assureur. (…) Tes clients n’obéissent qu’à deux lois : l’avidité et la peur. Mais toi, ne règle ta vie que sur une seule : l’opportunité. », p.153

« Rien n’égale la solitude du raté. Or la planète regorge de types qui écoutent la pluie tomber, en se demandant si cette comédie a un sens. Telle est la vérité de la vieillesse : poser son cul quelque part et soliloquer à l’infini sur le que faire ?
Moi-même, que pouvais-je espérer ? L’horizon n’était-il pas définitivement bouché ? Et quand on est aux trois-quarts mort, que faire d’autre que d’allumer sa télé ? », p.154

« Putains de casse-burnes ! Quel que soit le continent où ils ont vu le jour, ils sont la vraie majorité », p. 164

« - On devrait faire connaissance, minauda t-elle.
- ça nous rapporterait que dalle ! Qu’une série de clichetons !
- Comment pouvez-vous dire une telle chose ?
- Par expérience.
- Et si jusqu’à présent vous n’aviez tiré que sur des mauvais numéros ?
- Probablement que je les méritais ! », p. 165