Un blog pour se remuer les neurones et se secouer les fesses !
Un blog pour encourager tous ceux qui n'ont pas envie de se laisser aller avec non-garantie de succès, ni pour eux, ni pour moi-même. ;-)

dimanche 5 décembre 2010

Running in Madness, Dying in Love, Koji Wakamatsu, 1969 (JPN).


 Un navet esthétique qui aurait pu être un chef-d'œuvre. (sauf si la traduction a nui au film)

*Pénible. (n'est pas un film culte de Wakamatsu)

Histoire/Critique : Ce film est un clin d'œil à Macbeth (1623, Shakespeare) et a sans doute inspiré considérablement Nagisa Oshima pour L’empire des sens (1978), qui lui est un film à voir.
En effet, il s’agit d’un couple (belle-sœur et  beau-frère amoureux) qui se culpabilise du meurtre du mari/frère tout le long du film : les deux frères se disputaient (conflit idéologique, arrière-plan politique mais trop mineur dans ce film pour être pris au sérieux, rien à voir avec The United Red Army), l’aîné (celui qui est marié) commençait à frapper son petit frère et sa femme qui le suppliait d’arrêter en s’interposant entre les deux, a fini par le tuer en prenant le révolver dans sa poche (il est policier).
Elle se sent très coupable et le beau-frère décide d’endosser le crime seul quoi qu’il arrive. Ils se mettent alors à prendre la fuite ensemble, à vivre dans la fuite ce que ne parvient pas à supporter la meurtrière qui pleure sans arrêt pendant que le beau-frère tente de la rassurer. Elle ne se calme que lorsqu’il lui fait l’amour et ils font donc beaucoup l’amour…

Pourquoi ce film est-il pénible à regarder ?
1)    - Le rôle lamentable de la femme qui ne cesse de geindre les trois-quarts du film, c’est insupportable, malheureusement, c’est culturel, il me semble que chez Oshima aussi, elle geint à n’en plus finir de façon hyper agaçante pour l’oreille occidentale. La femme est représentée comme nunuche, incapable d’assumer ses désirs et ses vices.
2)    - La chanteuse de fond qui en rajoute une couche avec des mélismes lancinants tout aussi insupportables (style sorcière en transe, ambiance Macbeth quoi).
3)    - Le schéma répétitif épuisant : femme qui pleure voulant se suicider sans vouloir mourir / homme qui la rassure et tente de lui redonner raison et sang-froid / scènes de sexe.  D'où le titre super beau pourtant du film (et donc déceptif par rapport au contenu)  : ils passent en effet leur temps à courir de droite à gauche et à faire l’amour.
4)    - L’absence de profondeur des personnages (ou alors la traduction est très mauvaise ce qui est possible : les sous-titres en anglais ne correspondaient pas toujours, voire pas du tout aux sous-titres italiens…), leurs rôles nazes.

Pourquoi ce film est-il esthétique ?
1)     Parce que les transitions du noir et blanc à la couleur sont toujours magnifiques chez Wakamatsu, c’est sa patte stylistique, il adore ça et il le fait super bien. Je trouve même qu’il le fait mieux que Wong Kar Wai, c’est pour dire, le rendu est juste toujours très beau.
2)     Certaines scènes érotiques sont davantage esthétiques qu’érotiques : on ne voit pas grand-chose à part deux corps dénudés qui se meuvent l’un sur l’autre, mais malgré tout, ça aussi, c’est beau, ça donne envie de faire l’amour, les corps sont beaux et mis en avant.
3)     Parce que ces deux éléments rendent malgré tout « beau » un film totalement ennuyeux. Ce film, c’est avant tout un style original qui s’exerce sur une histoire où les rôles sont chiants à mourir (sauf si la traduction était erronée, je le répète et c’est important de le souligner, parce que ça se trouve, c’est un chouette film très mal traduit par des amateurs, mais ça n’enlèvera pas le fait que la femme japonaise au cinéma a souvent un rôle ingrat de nunuche finie).

C Conclusion : Le seul intérêt de ce film c’est de comprendre que l’Empire des sens, qui lui est un chef-d’œuvre même si la femme est nunuche aussi, ne l’aurait sans doute pas été sans ce film-là. J’en suis sûre. La fin est malgré tout la partie la plus intéressante (sans ironie).

La fin en effet est pathétique et affligeante mais délivre pourtant un message atroce : parfois, on se met à théâtraliser sa vie de façon mélodramatique et en fait, la réalité est nullissime de platitude et c’est cette platitude que l’on subit, au quotidien, qui est bien plus violente que la mélodramatisation personnelle que l’on s’était infligée pour finalement, animer son existence.
Et cette fuite tout au long du film, n'est PAS celle d'un crime commis, mais de la vacuité de l'existence même, du quotidien, de l'Ennui, au sens baudelairien du terme, au sens bovaryste du terme, etc., bref Don Quichottesque. La fiction en général est une fuite et son but est l'Aventure, l'Amour. D'où le titre, qui reste beau, lui aussi et a du sens.






NATATION 18 : 2 km, Alfred Nakache (contre l'avis de la kiné, aïe ?)

Semaine 48 : 2000 m
2000 mètres le 05/12/2010 Piscine Alfred Nakache.

1 km en brasse ; 1 km en crawl.

Ma kiné m'ayant interdit de nager pendant un mois (mais ça fait déjà un mois et demi que je ne nage plus du tout), je n'ai pas fait de zèle et n'ai nagé strictement que 2 km (bien que ça aussi, ma physio d'Espagne me l'avait interdit).


Je sais bien que ce n'est pas bien. Mais Yolanda (ma tendinite) est partie en ce moment en vacances et j'avais vraiment besoin de nager à cause d'un truc qui m'a perturbée liée à la somatisation de Yolanda, en d'autres termes : j'étais obligée de nager, obligée je vous dis.


Ce que je trouve vraiment injuste, c'est qu'un drogué par exemple, ce n'est pas parce qu'il se drogue qu'il ne peut plus se droguer : au contraire, plus il se drogue, plus il peut se droguer ; mais dans mon cas, plus je nage, moins j'ai le droit de nager sous peine de ne plus pouvoir nager du tout ! C'est vraiment injuste : c'est une incitation à se droguer plutôt que de faire du sport (c'est du second degré). Heureusement que la natation coûte moins cher que la cocaïne : heureusement ! L'argument financier bat tous les autres : je n'ai pas les moyens de me droguer, ouf !!!


Réflexion d'hier : Si Paris Hilton était une fille intéressante, elle aurait utilisé son fric pour aller dans l'espace, non ?

samedi 4 décembre 2010

The United Red Army, Koji Wakamatsu, 2008 (JPN).



United Red Army, Koji Wakamatsu, 2008 (JPN).

Quand la révolution devient tyrannie…

****Important.
Mais attention, il vaut mieux être disposé à voir ce genre de film qui dure 3 heures (ou moins ou plus, mais à peu près) qui déprime beaucoup, au final.

Histoire : Le prologue du film nous prévient : « Tous les faits sont vrais, mais il y a de la fiction ».
Bref, c’est un docu-fiction sur un groupe japonais révolutionnaire et terroriste, l’United Red Army, né à la fin des années 60 (69-70) à l’issue de nombreux combats étudiants contre la guerre du Vietnam, contre l’impérialisme américain, contre la capitalisme, et pour le soutien aux prolétaires du monde entier, pour le soutien à la cause de Martin Luther King, pour la révolution culturelle maoïste communiste.
On ne pourra plus dire après ce film, que le Japon est un peuple « bizarre », « xénophobe », « machiste », « débile et taré » comme je peux l’entendre bien souvent à leur égard : il ne l’est pas plus qu’un autre pour bien des reproches qui lui sont faits (regardons de plus près ne serait-ce que la France profonde et l’Amérique profonde : en quoi sommes-nous tellement différents ?).
Quant à l’esprit critique, l’esprit de révolte, il n’est pas l’apanage des pays occidentaux : le Japon a eu, lui aussi, ses universitaires révoltés, ses intellectuels pensants, ses rêves d’un monde meilleur et ses combats idéologiques, politiques et physiques.
S’il y a bien un film qui montre l’universalité de ce pays toujours montré de façon particulière, c’est bien lui.
C’est une image du Japon inédite que nous n’avons pas l’habitude de voir en Occident, dont nous n’avons pas connaissance. C’est un documentaire-fiction exceptionnel qui témoigne de cette partie de l’Histoire du Japon.
Ce film nous rappelle qu’il y a toujours eu deux voies dans toute révolution : l’une, consensuelle donc pacifiste et l’autre, radicale donc armée et violente.
Ce film nous montre hélas qu’à l’instar de nombreux autres pays communistes, les petits chefs révolutionnaires sympathiques des débuts sont devenus bien vite de grands tortionnaires idéologiques sanglants, dénués d’humanité.
Ainsi, le film commence comme un véritable hommage historique à tous ces jeunes étudiants japonais qui se sont emparés de problèmes mondiaux, et monte crescendo vers l’horreur, de plus en plus inhumaine de la torture psychologique et physique effectuée sur les militants même, les conduisant fatalement à la mort de façon atroce, parce qu’ils n’ont pas su être « de bons militants ».
Le leitmotiv des deux chefs de factions du film : « l’auto-critique », dont le mode d’emploi n’est pas bien compris par certains militants. « S’auto-critiquer » consiste à analyser sa part de responsabilité dans les échecs des combats révolutionnaires précédents et s’auto-flageller tant moralement que physiquement pendant des heures.
Ainsi, pour « aider » un camarade qui ne parvient pas à  « s’auto-critiquer », tout le groupe doit le frapper chacun son tour… « S’auto-critiquer » consiste en réalité à se remettre en question personnellement à l’infini mais jamais à remettre en question les supérieurs hiérarchiques des factions et le radicalisme de leurs idées.
Voir de telles horreurs commises au nom de telles absurdités est difficile.
Par exemple : la chef de faction critique une militante qui se maquille alors qu’ils suivent tous un entraînement militaire intensif dans les montagnes.
La critique est tout à fait justifiée : combien de fois n’ai-je pas compris ces filles obnubilées par leur apparence physique de façon ridicule au milieu de la nature, d’une nature déjà assez grandiose pour qu’on n’éprouve pas le besoin de se farder ? Où la séduction devient une activité inutile ?
Mais quand on voit les conséquences terribles de cette « petite chose », on a qu’une seule envie : se maquiller, se faire belle, être superficielle et revendiquer le droit pour toutes les femmes d’être connes et superficielles. Parce que ce qui importe, ce n’est pas d’être ridicule ou pas, ce qui compte, c’est d’être LIBRE d’être ridicule ou de ne pas l’être et de ne pas être obligée d’être torturée psychologiquement à cause de cela et d’en mourir complètement tuméfiée et humiliée dans sa chair et dans son âme. Tout ça pour une histoire de maquillage…

L’actrice qui joue la femme humiliée est par ailleurs phénoménale : elle joue le rôle d’une nunuche qu’on a envie de gifler toutes les secondes parce qu’elle est laide et bête et bien sûr, elle n’a pas eu une vie facile.
Ce n’est pas une militante intellectuelle, mais une âme perdue qui avait besoin d’une cause pour exister : voilà son plus grand tort. Non, son plus grand tort c’est d’avoir dit : « Je veux vivre » (en gros : je dirai tout ce que vous voudrez, mais je veux vivre, ne me tuez pas) : on lui reproche alors de vouloir vivre individuellement, au lieu de vouloir sacrifier sa vie à une cause collective… Elle a encore fait une boulette monumentale, elle n’a rien compris.



Le film montre alors un par un, tous ces militants de la première heure qui ont pourtant donné toute leur âme et tout leur corps au parti communiste, aux factions, au groupe, récompensés en étant cruellement accablés, frappés et tués.

L’United Red Army sera de toute façon décimée. Un des chefs de faction s’est suicidé et l’autre, la femme, est condamnée à mort, elle est encore en prison.

La deuxième partie du film est une longueur immense inutile (au moins une heure) qui se focalise sur les « survivants » du groupe, qui de toute façon finiront par être attrapés par les autorités à leur tour…Mais Wakamatsu a voulu filmer cette histoire vraie, alors il nous l’a montrée. Tout n’est pas inutile : il montre bien les « jeunes terroristes » qui expliquent à la civile retenue dans sa maison le mode d’emploi manipulateur de la police pour que l’opinion publique soit contre eux, en faisant pleurer dans les chaumières. Malheureusement, ils tuent aussi un civil volontairement, et ça ne fait pas d’eux des héros non plus.


Ah oui : pour tous ceux qui sont habitués à décrire le cinéma de Wakamatsu comme « érotique » (pinku), vous allez être étonnés de n’y voir AUCUNE SCENE SEXUELLE. Juste une femme nue couchée sur le ventre et ça dure moins d’une seconde. Enfin vous allez peut-être comprendre que Wakamatsu, ce n’est pas que « ça ».
Voilà, après ce film, on est triste (et on veut sortir et se maquiller superficiellement). On pense au Livre de Manuel de Cortazar et on se dit que personnellement, on sait pourquoi on n’appartient à aucun groupe militant. Qui dit groupe militant, dit chef, qui dit chef, dit con. Un petit troupeau qui veut lutter contre les gros troupeaux qui dirigent ce monde pourri, n’en reste pas moins un troupeau, et nous, ben, on estime qu’on ne sera jamais un mouton qui suivra un quelconque troupeau. On est un mouton noir et on restera un mouton noir : seul, sans autre idée que la liberté individuelle pour tous.

sur lequel vous trouverez l'histoire de l'Armée rouge japonaise :

Rien à voir : On craque pour le bel acteur Go Jibiki (qui joue le très méchant et bête chef de faction et on se serait fait buter si on l'avait avoué parce qu'une militante enceinte avoue qu'elle trouve qu'il a de beaux yeux et c'est un crime de trouver mignon le chef, merde...).

On le veut pour Noël dans son lit. Il est né en 1976, en plus.
Son site :



mercredi 1 décembre 2010

Va va, vierge pour la seconde fois, Koji Wakamatsu, 1969 (JPN).




Va va, vierge pour la seconde fois, Koji Wakamatsu, 1969 (JPN).


***Très bon.

Histoire : Une jeune lycéenne de dix-sept ans se fait violer pour la seconde fois de sa vie sur le toit d’un immeuble par de jeunes voyous.
Un étudiant assiste au viol passivement, impuissant.
Elle veut mourir, lui demande de la tuer mais il ne veut pas, puis aux violeurs qu’elle recroise le matin, qui la violent de nouveau mais sans la tuer, en se moquant d’elle, en l’injuriant.
Puppo (la jeune fille) et Tsukio (l’étudiant) échangent leurs peines respectives, de façon poétique : il écrit des livres non-publiés et chante une magnifique chanson style blues pleine d’anglicismes ; elle récite les mêmes vers d’un poème qui semble être le sien dont le refrain est « va va, vierge pour la seconde fois ».
Puppo raconte que son père s’est suicidé et sa mère aussi. Son père était incestueux et sa mère se faisait violer aussi. Elle est malheureuse et dit que même le second viol de sa vie n’a pas réussi à enlever sa tristesse.
Tsukio, qui est en fait le fils du concierge de l’immeuble, l’emmène chez lui et lui montre des cadavres ensanglantés qui jonchent sur le sol : il les a tués parce qu’ils l’ont violé, lui aussi, lui imposant leur luxure et le considérant comme un objet. Il dit qu’il n’a jamais aimé personne, pas même ses parents.
Le soir, ils recroisent les violeurs avec leurs petites-amies respectives et se moquent injurieusement de Puppo de nouveau. L’un deux viole pour la troisième fois Puppo…Le jeune étudiant cette fois-ci les tue tous un par un.
Ils tentent de parodier maladroitement une histoire d’amour mais elle ne marche pas, ils jouent comme des enfants sans y croire eux-mêmes : Puppo déclare sa flamme en espérant être tuée pour cette raison mais Tsukio n’y croit pas une seule seconde.
A un moment donné, ils s’interrogent sur leur réel désir de mort et se répondent mutuellement que finalement, ils n’ont en pas vraiment envie, ils se disent qu’ils ont plutôt envie de lire une b.d. et rient comme des enfants, heureux. C’est le seul moment heureux du film.

Critique :
Je ne vois pas vraiment ce film comme un film érotique et je trouve même un peu « dangereux » qu’on l’assimile à de l’érotisme…C’est un film triste, sur des êtres malheureux qui sont seuls au monde malgré leur proximité spatio-temporelle brève, sur un toit, une nuit, un matin, une journée, un soir, un autre matin.
Le croisement de leurs vies leur permet d’échanger leurs peines, mais pas de la soulager. Tsukio ne veut pas tuer Puppo parce qu’elle n’est pas un argument moral de meurtre : elle est une victime, pas une des personnes qui font du mal aux autres.
J’en ai les larmes aux yeux rien que d’y penser (on ne pleure pas pendant le visionnage des films de Wakamatsu, c’est trop cru) sans doute encouragée par le rock suédois qui passe sur France-Inter en ce mercredi 1er décembre dans la Black session.
Ce ne sont pas des films érotiques bordel, ce sont des films qui se servent du sexe comme métaphore de la violence, du viol d’âme, du meurtre d’âme de l’Autre, de ce qui fait le plus mal au monde. Le spectateur subit sans cesse sa propre impuissance incarnée dans ce film par Tsukio qui souffre lui-même. Alors bien sûr, oui, certaines scènes sont peut-être érotiques, mais on ne mouille franchement pas dans sa culotte, peut-être qu’il faut être un homme pour bander devant des scènes pareilles…

Réflexion sur le titre : je n’ai pas été assez attentive au poème très poétique de Puppo, mais il me semble qu’après s’être sentie souillée et blessée dans sa chair et son âme, la femme a envie de renaître de nouveau sexuellement au prochain, elle se sent comme une vierge en attente d’un grand amour…ce qui, en ce qui concerne Puppo n’est qu’une illusion simulée.

Citations :
Puppo : « Il ne veut pas me tuer » (en parlant d’un des violeurs en train de la violer)
Un des violeurs spectateurs : « C’est ce qu’il est en train de faire » (en riant).
***
Tsukio : « Tu veux que je te laisse seule ? »
Puppo : « Je crois que je suis déjà seule. »
***
Tsukio : « Tu as aimé te faire violer ? »
Puppo : …(silence sans expression, aucune réponse ne viendra à cette question).

****
Puppo à Tsukio : « Viole-moi ! (…) Fais-moi l’amour ! »
(…)
Tsukio : « Je n’ai jamais aimé personne, pas même mes parents ! »


Pour voir l’extrait de la chanson :
Traduction des paroles de la chanson de Tsukio
(il a une très jolie voix et la chanson est émouvante) :
mama i'm taking off
the tour bus stops
the cuckoo cries for mama
no seeing you again
everyone betrays me, cuts me off
jean, miller and norman mailer in the dumps
this is not an erect, all-red neon body
though gathering on the edge of a tepid knife
now the park is patrolled, my living room is watched
my policeman's coffee
no seeing you again
the black list i made
the caesarean section of the map
mama, i'm taking off
for now, in the city night
a naked luch, a blood-filled lunch
slit my wrists from impotence and drugs
mama, i'm taking off
to kill them all... to execute all about me.






samedi 27 novembre 2010

Les Armes secrètes, Julio CORTAZAR, 1959 (ARG)


Les Armes secrètes de Julio Cortazar, 1959 (ARG).
(Recueil de nouvelles) Lecture achevée le samedi 27 novembre 2010.
**Bien.

Critique globale : de très beaux passages mais je ne me souviendrai personnellement d’aucune nouvelle marquante. Pourquoi ? Je ne sais pas. Peut-être à cause de la traduction, je ne sais pas. Je sens que je suis injuste. Mais ce n'est pas "l'Autouroute du Sud", nouvelle simple, sobre et magnifique.
Avec du recul : "L'homme à l'affût" est une nouvelle qui m'a vraiment touchée au plus profond.
Je ne comprends pas trop pourquoi "les Armes secrètes" donne le titre du recueil...

"Lettres de Maman" : C’est l’histoire d’un frère qui vit très mal le fait d’avoir pris la fiancée de son frère, malade, puis décédé. Luis et Laura, argentins, suite à ce décès se sont exilés à Paris. Il reçoit régulièrement des lettres de sa mère d’Argentine jusqu’au jour, où elle écrit « Nico » comme s’il était encore vivant. Cela met Luis dans tous ses états, parce que jusqu’à présent, tout le monde faisait attention de ne jamais l’évoquer. Ce qui est décevant, sauf si la traduction est mauvaise ou tout simplement que je n’ai pas su la comprendre, c’est la chute. Je ne comprends pas la chute : si quelqu’un l’a comprise, qu’il me l’explique en commentaire. Je suppose que les dernières paroles font référence à Boby le chien, mais je n’en suis même pas sûre.

Citations :
« Un jour, il s’était enhardi à dire à Laura : « Si l’on pouvait déchirer et jeter le passé comme le brouillon d’une lettre ou les épreuves d’un livre. Mais il demeure obstinément et entache le texte définitif et je crois que c’est cela le futur véritable », p. 10-11.
« Les lettres restaient deux ou trois jours sur la table à dessin, Luis aurait voulu les jeter dès qu’il y avait répondu mais Laura les relisait, les femmes aiment relire les lettres, les regarder en tous sens, elles semblent en extraire une signification nouvelle chaque fois qu’elles les relisent », p.13-14.
« Un soir, après avoir parlé à Nico, déjà malade, Luis s’était juré de s’échapper d’Argentine, de la villa de Flores, de Maman, des chiens et de son frère (déjà malade). », p.15

"Bons et loyaux services" : L’histoire d’une femme honnête et simplette, Madame Francinet, qui se fait avoir par une bande de cons superficiels et cupides : Monsieur et Madame, ainsi que ceux leurs amis. Ils lui demandent de garder leurs chiens ainsi que de leurs amis durant une soirée en se souciant davantage pour leur chien respectif que d’elle. Pendant qu’ils s’amusent follement, mangent, boivent et dansent comme des fous, elle est seule assise sur une chaise dans une pièce mal éclairée obligée de subir des chiens mal éduqués et tombant de sommeil. Mais personne ne lui propose rien, tout le monde s’en fout. Jusqu’à la toute fin de la soirée, où une seule personne lui propose une coupe de champagne : Monsieur Bébé. La seule personne qui aura eu un geste d’humanité envers elle. Elle sera finalement payée 1400 francs pour ce service, rentrant à pied chez elle sous la neige avec une heure de marche sans que personne ne lui ait proposé de la ramener en voiture…
Suite à cette histoire, on la sollicite de nouveau pour un nouveau service, rémunéré plus avantageusement cette fois-ci (20.000 francs) : Monsieur Bébé (enfin son vrai nom est M. Linard), qui était en fait un grand couturier vient de mourir, on lui demande de jouer la mère éplorée afin de lui rendre un hommage décent devant la presse. Elle croit à la noblesse de son service alors qu’en fait, cela n’a rien à voir : les personnes qui lui demandent cela s’apprêtent à reprendre la succession de la maison de couture de Monsieur Bébé et à s’enrichir. Ils avaient besoin d’elle pour ne pas paraître suspects de son meurtre (c’est ce qu’on devine). Mais elle, bonne poire, continue de croire à la noblesse de son geste.
La scène la plus pathétique est à la fin, lorsque Mme Francinet pleure toutes les larmes de son corps sans aucune comédie. Une vraie chute de nouvelle, quoi.

"Les fils de la vierge" : Un écrivain, Roberto Michel, doit traduire un livre du français en espagnol et il s’ennuie durant ce travail laborieux d’autant plus qu’il se dédouble en Roberto (lui)/Michel (son double photographe). Alors comme il est photographe à ses heures perdues à travers Michel, il s’amuse à prendre des gens et à interpréter leur histoire style Michel Butor dans La Modification, quand le narrateur est dans le train. C’est vrai que les plus belles photos sont narratives, mystérieuses : ça donne envie de s’y mettre sérieusement. Le problème, c’est de ne pas se faire attraper et d’avoir un très bon appareil, or le narrateur lui-même se fait surprendre en train de prendre des photos d’inconnus mécontents. Bref, du coup Roberto Michel se met à broder toute une histoire entre un jeune homme et une femme plus mûre à qui il attribue les pires intentions. Il la voit comme une dépuceleuse méchante et le jeune homme comme une pauvre victime en plein apprentissage.

Citations :
« Toujours raconter, toujours se délivrer de ce chatouillement désagréable au creux de l’estomac », p.85
« Je sais que le plus difficile va être de trouver la bonne manière de raconter tout ça, mais je n’ai pas peur de me répéter. Cela va être difficile parce qu’on ne sait au juste qui raconte, si c’est moi ou bien ce qui est arrivé ou encore ce que je vois (des nuages et de temps en temps un pigeon) ou bien si, tout simplement, je raconte une vérité qui n’est que ma vérité, mais alors ce ne sera la vérité que pour mon estomac, que pour cette envie de m’enfuir et d’en finir au plus vite avec ça, quoi que ce puisse être. », p.85-86.

« Si tant est que je sache faire quelque chose, je crois que je sais regarder et je sais aussi que tout regard est entaché d’erreur, car c’est la démarche qui nous projette le plus hors de nous-mêmes et sans la moindre garantie, tandis que l’odorat…(mais Michel s’éloigne facilement de son sujet, il ne faut pas le laisser déclamer à tort et à travers), p.89-90.

« Elle était mince et svelte, deux mots injustes pour dire ce qu’elle était (…), un visage pâle et sombre –deux mots injustes- (…) », p.90

« Michel est coupable de littérature, d’échafaudages invraisemblables. Rien ne lui plaît tant que d’imaginer des exceptions, des individus hors de l’espèce commune, des monstres qui n’ont pas forcément un aspect répugnant. », p.96 : MA-GNI-FIQUE.

« Je me limitai donc à répondre que non seulement il n’est pas défendu de prendre des photos dans les lieux publics, mais que cet art jouit de la plus grande estime officielle et privée », p.96-97

« Mais les fils de la vierge s’appellent aussi dans mon pays la bave du diable », p.97 (cf. explication de cette expression qui m’était inconnue à la fin de ce message, trouvée sur : http://www.bmlisieux.com/normandie/dubosc48.htm ).

"L’homme à l’affût" : Un critique de jazz raconte l’histoire de son ami Johnny, un musicien génial qui est complètement fou et le perturbe, lui et ses idées raisonnables. C’est la nouvelle sans doute la plus recherchée, parce que la plus complexe. Johnny, complètement drogué, pète souvent un plomb : il a des hallucinations.qui lui font perdre pied hors de la réalité de façon croissante. C’est une réflexion sur la folie, la raison, l’art et la critique de l’art, l’amitié, le sens de la vie. La suite est prévisible.

Citations : « Sur le moment, je sais que ce qu’il me dit n’est pas simplement dû au fait qu’il est à moitié fou, que la réalité lui échappe et lui laisse en échange de parodie qu’il convertit  en espérance. », p.125

« La croûte de l’habitude a éclaté en mille morceaux et ses défenseurs eux-mêmes (dans les orchestres, dans le public) ne l’ont plus soutenue que par amour-propre. Depuis que Johnny est passé par le saxo-alto on ne peut plus considérer les musiciens précédents comme des génies. Il faut bien en venir à cette espèce de résignation déguisée qui s’appelle le sens historique et dire que ces musiciens ont été remarquables en leur temps. Johnny est passé par là comme une main qui tourne une page et on n’y peut rien. », p.131

« J’envie Johnny et en même temps j’enrage qu’il se détruise en employant si mal ses dons, en accumulant stupidement folie sur folie parce que la vie le soumet à des pressions trop fortes. », p.135

« Que la musique sauve au moins la fin de la soirée et accomplisse une de ses plus détestables missions, celle de nous mettre un bon paravent devant le miroir, de nous rayer de la carte pour quelques heures », p.140

« La marquise, par exemple, croit que Johnny a peur de la misère, elle ne comprend pas que la seule chose que puisse redouter Johnny c’est de ne pas trouver une côtelette à portée de son couteau quand il a envie d’en manger une, ou un lit quand il a sommeil, ou cent dollars dans son portefeuille quand il a envie de les dépenser. », p.143

« Tu comprends (…) ce type-là et tous les autres types (…), c’était des convaincus. Convaincus de quoi, tu vas me dire ? Je ne sais pas s’ils étaient convaincus. De qu’ils étaient je suppose, de ce qu’ils valaient, de leurs diplômes. Non, c’est pas ça. Il y en avait de modestes et qui ne se croyaient pas infaillibles. Mais même le plus modeste était sûr de lui. Et c’est ça qui me foutait en boule, Bruno, qu’ils se sentent sûrs d’eux. Sûrs de quoi, dis-moi un peu, alors que moi, un pauvre diable pestiféré, j’avais assez de conscience pour sentir que le monde n’était qu’une gelée, que tout tremblait autour de nous et qu’il suffisait de faire un peu attention, de s’écouter un peu, de se taire un peu pour découvrir les trous. (…) Je ne sais pas si tu as remarqué comme le paysage se casse en mille morceaux quand tu le regardes s’éloigner… », p.150-151

« Tu te rends compte à quel point c’est terrible qu’il ne se passe rien ? Tu coupes le pain, tu lui plantes le couteau dans le cœur et tout continue comme avant. Je ne comprends pas, Bruno », p.154. J'ADORE ! Je comprends tellement ce qu'il veut dire...C'est affreux, c'est le drame de ma vie. ;-)/

« N’importe qui pourrait être Johnny, simplement en acceptant d’être un pauvre diable malade et vicieux, sans volonté, plein de poésie et de talent. Apparemment. Moi qui ai toute ma vie admiré les génies, les Picasso, les Einstein, toute la sainte liste que chacun peut dresser en cinq minutes (et Gandhi et Chaplin et Stravinsky) je suis prêt à admettre que ces phénomènes vivent dans un monde à part et qu’avec eux il ne faut s’étonner de rien. Ils sont « différents », il faut toujours en revenir là. », p.155.

« Mais ça, c’est un autre sujet, ce que je cherchais à comprendre c’est pourquoi ce qui rend Johnny différent de nous est inexplicable, pourquoi cela réside point en des différences visibles. Et il me semble aussi qu’il est le premier à en souffrir et que cela l’affecte autant que nous. On aurait presque envie de dire que Johnny est comme un ange parmi les hommes, mais une élémentaire honnêteté nous oblige à rengainer la phrase, à la retourner comme une crêpe, à reconnaître que Johnny est plutôt un homme parmi les anges, une réalité parmi toutes ces irréalités que nous sommes. C’est pour cela peut-être, que Johnny me touche si souvent le visage de ses mains et que me sens alors si malheureux, si transparent, si peu de chose avec ma bonne santé, ma maison, ma femme, ma réputation. Ma réputation surtout. Surtout ma réputation.
Mais c’est toujours la même chose, à peine ai-je été hors de l’hôpital, à peine ai-je mis le pied dans la rue, dans l’heure, dans tout ce que j’avais à faire, que la crêpe s'est retournée doucement en l'air et est retombée à l'envers. Pauvre Johnny tellement en dehors de la réalité. (C'est ainsi, c'est ainsi. Il m'est plus facile de croire que c'est ainsi, maintenant que je suis dans un café, deux heures après ma visite à l'hôpital, plutôt que de croire tout ce que j'ai écrit plus haut en me forçant comme un damné à être au moins un peu décent envers moi-même », p.156

« - Bon, eh bien, je jouerai aussi un peu de Bach et un peu de Charles Ives, a dit Johnny condescendant. Je ne sais pas pourquoi les Français n’aiment pas Charles Ives. Tu connais ses chansons ? Celle du léopard surtout, il faut que tu apprennes celle du léopard : A leopard… », p.173

« (…) Les créateurs, eux, depuis l’inventeur de la musique jusqu’à Johnny en passant par toute leur fichue kyrielle, sont bien incapables de tirer les conséquences dialectiques de leur œuvre, de postuler les raisons et la transcendance de ce qu’ils écrivent ou improvisent. Il faudrait que je m’en souvienne dans les moments de dépression, quand je trouve pitoyable de n’être qu’un critique. », p.176

« Mais ce n’est pas de ta faute si tu n’as pas su écrire ce que, moi non plus, je ne suis pas capable de jouer. Quand tu dis, par exemple, que ma véritable biographie est dans mes disques, je sais que tu es en persuadé, et puis ça sonne bien, mais ce n’est pas vrai. Seulement, comme je ne suis pas arrivé moi-même à jouer comme j’aurais dû, à jouer ce que je suis vraiment… (… ) », p.181.

« Au fond la seule chose qu’il ait dite, c’est que personne ne sait rien de personne, ce qui n’est pas une nouveauté », p.181.

« - Je suis aussi seul que ce chat, et beaucoup plus seul parce que je le sais et lui pas. », p.183

« (…) il n’y avait pas d’après…Pendant un moment il n’y a eu que toujours. Et je ne savais pas, moi, que c’était un mensonge, que ça arrivait parce que j’étais perdu dans la musique et qu’à peine je m’arrêterais (… ) je tomberais la tête la première au fond de moi… », p.186

« - J’ai l’impression d’avoir voulu nager dans un bassin vide, murmure Johnny. », p.186

« Il est comme ce que joue Satchmo, si pur, si propre. Tu ne trouves pas que ce joue Satchmo c’est comme un anniversaire ou une bonne action ? Et nous…Je te dis que j’ai voulu nager dans un bassin vide. J’ai cru, faut être idiot, j’te jure, j’ai cru qu’un jour je trouverais autre chose. (…) Moi j’avais mon saxo…et mon sexe comme dit ton livre. Tout pour être heureux, quoi. Des pièges, mon vieux…parce que c’est pas possible qu’il n’y ait pas autre chose, c’est pas possible qu’on soit à la fois si près de la porte et si complètement de l’autre côté… », p.186

"Les armes secrètes" : Nouvelle très psychanalytique étrange et fantastique car ne s’explique pas de façon clairement rationnelle. Un jeune homme, le narrateur est amoureux sans vraiment l’être d’une fille qui est amoureuse sans vraiment l’être : ils ne se connaissent pas bien. Il se sent mal. Elle aussi. La fin « expliquera » les raisons de ce malaise mutuel, ça et le titre : la seule explication possible, c’est le lien entre le titre et les…feuilles mortes.

Citations :

« Il n’y a rien de tel que de partager un oreiller. Ça vous éclaircit les idées. Parfois même ça les supprime carrément, comme ça on est tranquille. », p.210

« (…) et c’est soudain comme si une volée de feuilles mortes lui sautait au visage et le dévorait d’une seule morsure horrible et noire. », p.211 (illustration en espagnol possible de mon poème sur les feuilles mortes).


DUBOSC, Georges (1854-1927) :  Les fils de la Vierge (1899).


Saisie du texte : S. Pestel pour la collection électronique de la Médiathèque André Malraux de Lisieux (20.IX.2008)
Texte relu par : A. Guézou
Adresse : Médiathèque André Malraux, B.P. 27216, 14107 Lisieux cedex
-Tél. : 02.31.48.41.00.- Fax : 02.31.48.41.01
Courriel : mediatheque@ville-lisieux.fr, [Olivier Bogros] obogros@ville-lisieux.fr
http://www.bmlisieux.com/


Diffusion libre et gratuite (freeware)


Orthographe et graphie conservées.


Première parution dans le Journal de Rouen du 17 septembre 1899. Texte établi sur l'exemplaire de la médiathèque (Bm Lx : norm 1496) de Par-ci, par-là : études d'histoire et de moeurs normandes, 7ème série, publié à Rouen chez  Defontaine en 1929.



Les fils de la Vierge
par
Georges Dubosc
~*~
C’est toujours un merveilleux spectacle que celui de l’automne en nos campagnes normandes. Tandis qu’à l’horizon, la forêt jaunissante, tachée de pourpre par endroits, forme une toile de fond au décor splendide, en avant les près, au soleil levant, étincellent de mille feux produits par la rosée. Dans les herbes et dans les chaumes brillent d’innombrables filaments, soyeux et légers, sur lesquels les gouttelettes de la rosée miroitent encore plus vivement. De loin, pour le chasseur qui traverse la plaine, ou pour le petit soldat en manoeuvres de septembre, on dirait un immense tapis blanc reflétant les rayons du soleil, tandis que sur la route ces mêmes fils, si fins, si ténus, si souples, si argentés, accrochés aux arbres, flottent et ondulent dans l’air matinal.

Bientôt, on en est couvert. Ces légers filaments adhèrent aux vêtements, aux chapeaux de paille ; les uns viennent se fixer contre le visage et produisent une sensation légère qui, à la longue, finit par devenir agaçante ; les autres, plus ténus, passent au-dessus de votre tête, emportés par la brise. La campagne en est toute blanche et le paysan, les voyant s’élever de tous côtés, pense en lui-même : « L’hiver sera dur cette année ». Ils portent un nom bien gracieux, ces filaments ondoyants que l’automne nous envoie. Dans toutes nos vieilles provinces françaises, ce sont les Fils de la Vierge. C’est, suivant les antiques légendes, les fils provenant de la quenouille de la mère de Jésus-enfant. Pendant qu’il sommeille, la Vierge assise les file de ses doigts menus au bout de son fuseau, et les laisse s’éparpiller dans l’air, pour rendre plus chaud, l’hiver, le nid des oiselets.

Telle est la version normande ; mais en d’autres pays, la légende devient plus sombre. Le « fil de la Vierge » serait destiné à tisser le linceul de mort des miséreux qui tombent abandonnés au coin d’un bois, au revers du talus d’un fossé, le long de la grande route. Ce ne serait plus, comme la morne chanson des Tisserands, de Gérard d’Hauptmann, le pauvre artisan qui, lui-même, tisserait son drap funèbre ; c’est la Vierge mère qui prendrait souci de cette tâche. A l’un des derniers salons, le peintre F. Lucas avait donné une nouvelle version de la légende. Marie, humble, candide, s’est endormie sur la terrasse que dore le soleil couchant. La nuit vient. Un vol de bergeronnettes s’est abattu autour du rouet silencieux et, becquetant la laine blanche, elles emportent les fils ténus pour les semer dans la campagne aux branches des buissons. Quoi qu’il en soit, riante ou sombre, la légende existe, et le « fil de la Vierge » est entouré, dans nos campagnes, d’une sorte de superstitieux respect.

Notre siècle positif, qui difficilement admet ces contes symboliques, a voulu savoir le pourquoi exact de ces filaments épars et volants, leur nature, leur origine. Il a voulu savoir ce qu’était le mystérieux « fil de la Vierge », et il a trouvé qu’il était en tous points semblable aux fils des toiles d’araignée que nous voyons dans les vieux greniers et dans les coins où le plumeau de la ménagère va les déloger sans souci de la bestiole qui les a tissés ; s’ils sont plus blancs, plus argentés, c’est tout simplement qu’ils ont été filés en plein air, au soleil, loin des poussières qui les souillent en nos logis.

Ainsi que l’a démontré, le premier, le naturaliste Latreille, ces fils sont dus à une aranéide tendeuse et fileuse, connue en France sous le nom d’épeire diadème ou araignée de jardin. Elle est roussâtre, veloutée, avec un abdomen très volumineux, portant sur le dos une triple croix jaune ou blanche. C’est elle qu’on rencontre fréquemment à l’automne dans nos jardins, où elle tisse de larges rosaces verticales. Pour cela, elle secrète sa soie par quatre mamelons, qui sont eux-mêmes percés d’une infinité de petits trous.

(...)

17 Septembre 1899. GEORGES DUBOSC

vendredi 26 novembre 2010

L’Extase des Anges, Koji Wakamatsu, 1972 (JPN).



L’Extase des Anges, Koji Wakamatsu, 1972 (JPN).
***Très bon.

Histoire : Je suppose que ça présuppose une connaissance précise de ouf sur le contexte historique précis de l’histoire : or, moi j’ai toujours été nulle en histoire.
Donc les incultes comme moi se contenteront de l’intrigue : un groupe révolutionnaire politique style communiste, et terroriste appelé « Les Quatre Saisons » se divise en factions hiérarchisées logiquement selon leur ordre dans le calendrier : la saison ; le mois ; le jour de la semaine.
Ils font face à un conflit interne qui donne la problématique de tout le film : « Une révolution politique, sociétale, est-elle possible collectivement ? Individuellement ? ».
S’ensuit un film délirant où chaque personnage a un nom soit de saison, de mois ou de jour de la semaine et comme ils se disputent beaucoup ou font l’amour, les dialogues sont surréalistes quand ils se nomment : j’adore. C’est génial comme idée, c’est tellement japonais d’utiliser la Nature par un moyen ou un autre.
Exemple : « Je suis Automne et tu es Octobre, j’aimerais mieux te connaître. », dit-elle en faisant l'amour, c’est pas génial, ça ? (Ah oui : Automne (la chef) est amoureuse d’Automne (le gosse beau qu’elle commande).
Le film quant à lui est en noir et blanc et par moments, en couleurs, ça aussi, c’est beau.
Enfin, ce film fait tout à fait nouvelle vague, style existentialiste, les Mains Sales (l’apprentissage de la politique et de ses désillusions individuelles), très français, parisien, Jeanne Moreau (Vendredi chante style music-hall, en japonais et toutes les femmes sont maquillées au crayon noir avec des yeux de biche), sur fond de jazz endiablé (on voit même un jazz band japonais jouer très bien).
Bref, un film qui mêle très bien esprit français et esprit japonais.

L’histoire plus en détails :
Automne (chef femme, héroïne du film) et Hiver (chef homme) sont les seules saisons à être évoquées néanmoins, pas de nouvelles d’Eté et de Printemps (après réflexion : ce sont les saisons les plus heureuses, donc qui ont moins d’histoires à raconter, non ?).
Sous les ordres d’Automne, il y a Octobre (sous-chef, héros du film) qui à son tour commande Lundi (un homme), Vendredi (une femme) et Samedi (un jeune néophyte).
Mais que se passe t-il ? Alors que le groupe d’Octobre, sous les ordres d’Automne avait pris des bombes à l’armée américaine, « Hiver » vole les armes d’Octobre en torturant Lundi et Vendredi.
En fait : suite à ce vol, nombreux ont été tués (on suppose : mercredi, jeudi et dimanche par exemple) et leur chef, Octobre, est devenu aveugle. Donc, les Quatre Saisons ont estimé que cette faction ne valait plus rien, donc a exigé d’Hiver de prendre leurs armes, fruits pourtant de leurs actes héroïques.
Lundi et Vendredi ont été torturés (et Vendredi violée ce qui est assez horrible) par le groupe d’Hiver et Automne a accepté de rejoindre Hiver en abandonnant Octobre et son groupe.
Ils comprennent que la révolution en groupe est une belle illusion et avec Octobre, ils décident de faire leur révolution individuellement avec le peu d’armes qui leur reste à eux. Blasés, ils font l’amour aussi, au moment où le jeune crétin inexpérimenté Samedi fait une crise de révolte politique : cette scène a beaucoup de sens.
En effet, le jeune crétin qui a des idéaux, n’a pas vécu l’horrible torture qu’ont dû endurer Lundi et Vendredi. Ces derniers qui semblent si légers, ont beaucoup souffert pour leurs idéaux. Ils représentent, par leur acte sexuel désinvolte, une désillusion profonde, en connaissance de cause.
Par ailleurs, Samedi est l’espion d’Automne et joue un double-jeu entre elle et Octobre, son chef direct jusqu’au jour, où enfin devenu plus mûr et courageux, il prend le parti de ce dernier.

Idée : rétrospective Koji Wakamatsu à la Cinémathèque française fin novembre 2010 début décembre.